À Strasbourg, la future ZFE inquiète

03/08/2021 Mathieu Noyer

Emboîtant le pas des transporteurs, les entreprises de la région de Strasbourg soulignent le "grand défi" que pose l’adaptation des flottes à l’interdiction des véhicules Crit’Air 2 à l’horizon de six ans.

Le monde économique n’a pas caché sa perplexité et son inquiétude aux élus de l’Eurométropole de Strasbourg (Bas-Rhin) quant à la future Zone à faibles émissions (ZFE) de l’agglomération, lors de la restitution de sa consultation. Celle-ci s'est faite au début de l'été, quelques mois après l'enquête sur les types et motifs de déplacement et l'état du parc de véhicules.

Les chefs d’entreprise marchent dans les pas des transporteurs qui avaient déjà exprimé le même sentiment. Principal motif de crainte :  la capacité à adapter les flottes d’entreprises au calendrier d'interdiction qui doit aboutir à bannir les véhicules de vignette Crit’Air 2 le 1er janvier 2028.

Déjà des demandes de dérogation

À ce jour, seuls 4 % des poids lourds et 4 % des véhicules utilitaires sont en-deçà de la limte Crit’Air 2 (soit les étiquettes 1 ou E pour électrique) parmi les 900 entreprises ayant répondu au questionnaire (sur un panel de 18.500) qu’elles soient implantées dans l’agglomération ou en dehors mais actives en son sein. "Le challenge 2028 sera très difficile à relever", insiste Vincent Triponel, président de la commission développement du territoire de la chambre de commerce et d’industrie (CCI) Alsace Eurométropole.

Il supposerait en effet le renouvellement des deux-tiers des flottes qui sont aujourd’hui passées à Crit’Air 2. Or, compte tenu des durées d’amortissement de six ans et plus, l’acquisition des véhicules adaptés pèsera sur les comptes. La CCI, ainsi que ses homologues des métiers et de l’agriculture, demande des mesures d’assouplissement : possibilité de reclassement de la vignette pour des véhicules utilisant des solutions alternatives comme le biocarburant B100, dérogations pour les véhicules récents non encore amortis, etc.

Spécificités du trafic portuaire

De plus, la CCI  pointe une insuffisance d’infrastructures d’avitaillement en mode de propulsion alternatif au moteur thermique (stations de gaz naturel de ville, de recharge électrique…) alors qu’il ne reste quelques années pour la combler. Elle n’a par exemple recensé que cinq stations de GNV dans l’agglomération à ce jour.
La consultation a également souligné le statut spécifique de la zone du port. Celle-ci représente un trafic quotidien de 3.400 camions et véhicules utilitaires légers, qui revêt deux spécificités : d’une part, 80 % de cette flotte n’appartient pas aux entreprises et relève de prestations extérieures, d’autre part la majeure partie des trajets dépassent largement le périmètre de l’agglomération strasbourgeoise. Difficile alors d’imaginer des restrictions radicales, d’autant que la question de l’accès nord à la zone n’est toujours pas réglée.