ADP revoit ses ambitions à la baisse

28/07/2020 AFP

Aéroports de Paris revoit ses investissements à la baisse, tablant sur un retour très progressif du trafic, avec un retour à la normale en 2027.

Il faudra attendre 2024, voire 2027 pour que le trafic des aéroports parisiens, terrassé par le choc brutal du coronavirus, retrouve son niveau d'avant-crise, selon ADP. Au premier semestre, le groupe, qui gère plus d'une vingtaine d'aéroports dans le monde dont Paris-Orly et Paris-Charles-de-Gaulle, a enregistré une perte nette de 543 millions d'euros, contre un bénéfice net de 250 millions d'euros il y a un an, en raison des fermetures de frontières qui ont cloué au sol la quasi-totalité des flottes d'avions.
"C'est la première fois depuis cinquante ans que le trafic aérien connaît un à-coup aussi brutal et il est avéré que le rétablissement sera très progressif", a commenté le PDG d'ADP, Augustin de Romanet. L'Association internationale du transport aérien (Iata) estime que le trafic aérien au niveau mondial devrait retrouver son niveau d'avant-crise en 2023 et prévoit un manque à gagner en termes de chiffre d'affaires de 419 milliards de dollars en 2020.

Reprise incertaine du trafic international

ADP mise de son côté sur un retour du trafic domestique à son niveau de 2019 probablement "dès 2021". Puis "en 2021 ou en 2022 au plus tard" le trafic de la zone Schengen rattrapera son retard, a expliqué le directeur financier du groupe, Philippe Pascal.
Mais le retour à la normale sera freiné par la lenteur du rétablissement du trafic international. Les liaisons long-courrier vont en effet souffrir, selon lui, d'abord de la décision des États d'ouvrir ou de fermer les frontières en fonction de l'évolution de la pandémie, des "difficultés liées à la demande" en raison d'un pouvoir d'achat en baisse ou de voyages d'affaires moins nombreux, d'une offre moins importante avec un "recentrage" des réseaux des compagnies aériennes sur les lignes les plus rentables et enfin de la "baisse des flottes d'avions liées à l'arrêt ou la vente d'un certain nombre d'appareils". Sur les plateformes parisiennes, le trafic a subi sur les six premiers mois de l'année une chute de plus de 62 % (19,8 millions de passagers).
"Les mois d'avril et mai ont connu un trafic quasiment nul et la reprise du trafic a été lente aux mois de juin et de juillet", a indiqué le PDG, ajoutant que "l'ensemble des activités du groupe avait été fortement affecté" par la crise du coronavirus "dès le mois de mars". Ainsi, le chiffre d'affaires consolidé du groupe est en baisse de 46,5 %, à 1,168 milliard d'euros, "avec un impact important notamment sur les activités aéronautiques et commerciales à Paris", où l'aéroport d'Orly a été fermé pendant presque trois mois entre avril et juin, mais également sur le chiffre d'affaires de l'opérateur turc TAV Airports et de l'aéroport d'Amman AIG.

L'extension de Roissy ne se justifie plus

Dans ce contexte difficile, le Groupe ADP a néanmoins "conclu la prise de participation dans le groupe aéroportuaire indien GMR Airports, dans des conditions révisées à la baisse pour tenir compte de l'impact de la pandémie". Les investissements prévus pour 2020 devraient diminuer d'environ 400 millions, pour faire face à la dégringolade du trafic.
Par ailleurs, pour soulager les compagnies qui ont dû laisser leurs avions sur le tarmac, ADP les avaient exonérées, à compter du 16 mars, de la redevance de stationnement. Cette mesure "est reconduite à partir du 1er juillet sur la base de conditions différentes", précise le groupe ajoutant qu'elle avait représenté pour le premier semestre un montant d'environ 6,7 millions.
Le 28 juillet, le ministre délégué aux Transports, Jean-Baptiste Djebbari, a souhaité que le méga-projet d'extension du terminal 4 de CDG "qui ne se justifie plus" soit "revu en profondeur" du fait de la crise liée au Covid-19. "Il y aura besoin d'aménagements, d'accueillir de nouveaux types de trafics, et de continuer à construire sobrement, en fonction des besoins de la plateforme".