Aigle Azur : les candidats à la reprise se dévoilent

Vente à la découpe, reprise intégrale, liquidation ? Les repreneurs potentiels d'Aigle Azur, qui emploie près de 1.200 personnes, devaient se dévoiler avant lundi midi alors que 13.000 passagers sont toujours bloqués depuis l'arrêt des vols vendredi soir.

En redressement judiciaire, Aigle Azur est dans une telle impasse financière qu'il ne peut ni dédommager financièrement ses clients ni même assurer le rapatriement des voyageurs dont le vol retour a été annulé.
"Il faut un repreneur sérieux, capable d'offrir des garanties sur un maximum d'emplois. La bonne nouvelle, c'est que plusieurs se sont montrés intéressés", a assuré le secrétaire d'État aux Transports Jean-Baptiste Djebbari, lundi 9 septembre dans "Le Parisien".
"Lionel Guérin, l'ex-PDG de Hop!, par exemple, est accompagné d'une équipe reconnue dans le monde de l'aviation, avec des soutiens financiers crédibles", selon le nouveau secrétaire d'État.  "Le groupe Air France semble lui aussi vouloir faire une offre. Au-delà, d'autres acteurs étudient le dossier, dont le groupe Dubreuil, via Air Caraïbes, ou encore Easy Jet. Cela montre qu'Aigle Azur continue de faire envie", a-t-il ajouté.

Les syndicats sont ouverts

Aucun repreneur potentiel n'a confirmé ses intentions. "Nous ne faisons pas de commentaire", a déclaré dimanche un porte-parole d'Air France, ajoutant simplement : "la situation évolue".
De leur côté, les syndicats sont partagés sur l'option qui présenterait le plus de sécurité pour les salariés. Le syndicat des pilotes de ligne (SNPL) d'Aigle Azur, aimerait voir émerger une offre de reprise intégrale où se retrouveraient alliés Lionel Guérin, l'ancien dirigeant d'Air France, à la compagnie française. "Nous poussons très fort une solution de reprise basée sur Air France, qui serait actionnaire minoritaire disposant d'une minorité de blocage, avec Lionel Guérin qui prendrait les rênes et des investisseurs et les salariés qui entreraient au capital", a expliqué Martin Surzur, président du SNPL d'Aigle Azur.
Raphaël Caccia, secrétaire général de la CFDT du transport aérien, estime, lui, qu'une offre de reprise partielle par Air France de la partie court et moyen courrier (les A320), surtout à destination de l'Algérie, est une "quasi-certitude".
Dans ce cas de figure, le groupe Dubreuil, propriétaire majoritaire d'Air Caraïbes, pourrait reprendre les longs courriers de la compagnie qui desservaient notamment le Mali et le Brésil.
La CFDT, qui n'est pas hostile à ce scénario si tous les salariés retrouvent un emploi, n'exclut pas non plus une offre de reprise partielle par le grand acteur espagnol du low cost Vueling, avant tout intéressé par les créneaux d'atterrissage dont Aigle Azur dispose à Paris-Orly. Il s'agit d'un ensemble de 9.800 "slots" annuels dans cet aéroport où le total pour toutes les compagnies est plafonné à 250.000.

"Pas une solution précaire"

Un comité d'entreprise extraordinaire devait se réunir à 15 heures pour examiner les offres de reprises déposées. La CFDT et le SNPL ont appelé les salariés respectivement à 13 heures puis à 14 heures devant le siège social d'Aigle Azur, près de l'aéroport d'Orly.
Dans la matinée, une centaine de salariés se sont rassemblés devant le ministère des Transports à Paris, à l'appel de FO. Les responsables de tous les syndicats devaient être reçus à 13H00 par Jean-Baptiste Djebbari.
"Il faut trouver une solution qui ne soit pas une solution précaire à trois quatre ou cinq mois, il faut construire l'avenir", a déclaré le secrétaire d'État, venu saluer les manifestants avant cette rencontre.
La question du dédommagement et du rapatriement des voyageurs reste posée. "Sur les 19.000 passagers qui se sont retrouvés en difficulté au plus fort de la crise, il en reste encore 13.000", a précisé lundi le secrétaire d'État aux Transports. "Dont 11.000 sur des vols avec l'Algérie, 600 avec le Mali, puis le Portugal, la Russie, le Liban, et quelques dizaines de personnes avec le Brésil, l'Ukraine et le Sénégal".
Air France a affrété deux vols spéciaux samedi et deux autres dimanche pour Alger, pleins au quart à l'aller mais remplis au retour, selon la Police de l'air et des frontières. "Le plus dur de la crise sera terminé avant la fin de cette semaine. Au moins la moitié des passagers auront alors été rapatriés", a estimé le secrétaire d'État. Avec ses 11 avions, Aigle Azur a transporté 1,88 million de passagers en 2018.