Air France : tour de vis avant un nouveau sauvetage ?

30/03/2021 AFP et Laure de Montalembert

La région Provence-Alpes-Côte-d'Azur a interpellé la direction d'Air France sur son projet de fermeture des bases de Marseille et Nice. Ceci dans un contexte houleux, légèrement amélioré par l'annonce d'un prochain accord entre la France et la Commission européenne.

Les président et président délégué de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur Renaud Muselier et Christian Estrosi (qui est aussi maire de Nice) assurent que le projet de fermeture des bases de Marseille et Nice "menacerait 300 emplois" dans un courrier adressé à Anne Rigail, directrice générale d'Air France. "À ce moment de retour à la vie, aux voyages et aux déplacements, l'ancrage de votre compagnie dans nos territoires sera une donnée fondamentale et un atout majeur. Renoncer à cette implantation à ce moment précis de la crise, ne nous paraît ni souhaitable pour nos territoires, ni satisfaisant pour l'avenir d'Air France en région Provence-Alpes-Côte d'Azur", poursuivent les deux élus qui estiment que 2022 devrait être "vraisemblablement beaucoup plus vivante pour le trafic aérien".

Un contexte difficile pour les salariés

Air France, toujours durement touché par la crise et par l'absence de reprise du trafic aérien, a avancé plusieurs pistes pour baisser la rémunération de ses salariés, a-t-on appris de sources syndicales ayant requis l'anonymat. La direction de la compagnie a indiqué ne pas souhaiter faire de commentaires sur des négociations en cours. Première idée mise sur la table : intégrer la prime de fin d'année au salaire de base afin que celle-ci soit financée par l'État dans le cadre de l'activité partielle de longue durée, a indiqué une source syndicale.

L'activité partielle permet aux salariés de toucher 84 % de leur salaire net sur les heures chômées, un montant intégralement pris en charge par l'État. La prime de fin d'année serait donc à la charge de l'État et non plus de la compagnie. Le 13e mois est déjà intégré au salaire de base pour les salariés les mieux payés de la compagnie. Pour les pilotes, dont la prime sera plus faible en 2021 car indexée sur leur activité, le manque à gagner s'annonce plus important.

Air France, qui a perdu 7,1 milliards d'euros en 2020, envisage également de supprimer trois jours de congés pour les personnels au sol et quatre jours pour les personnels navigants, toujours selon plusieurs sources syndicales. Toutes ces mesures seraient mises en place temporairement, le temps que l'activité reparte pour le secteur aérien. La compagnie a présenté ces options aux organisations syndicales lors des négociations annuelles obligatoires (NAO).

La modération salariale ayant été actée au moment du soutien de l'État, aucune augmentation de salaire n'est envisagée. Actionnaire d'Air France-KLM, l'État français a apporté un soutien de 7 milliards d'euros au groupe franco-néerlandais en lui demandant d'améliorer sa rentabilité et son impact environnemental. Il s'agit de "mesures d'ajustement liées à l'activité partielle", avance une source syndicale, pour qui "la grande réforme d'Air France, c'est le PDV-PSE (plan de départs volontaires - plan de sauvegarde de l'emploi) qui continue de dérouler son chemin".

Bientôt, un accord avec l'UE

C'est dans ce contexte houleux qu'est arrivée l'annonce d'un prochain accord entre la France et la Commission européenne pour débloquer une nouvelle aide en faveur d'Air France comme l'a indiqué le ministre de l'Économie Bruno Le Maire. "C'est une affaire de jours, parce que pour moi maintenant le temps presse", a-t-il ajouté, précisant que cette négociation avait été "longue et difficile" sur les contreparties demandées à Air France en échange de ce renflouement public. Le ministre n'a dévoilé aucun élément précis sur le montant qu'apportera l'État à la compagnie nationale en grande difficulté, dont il détient actuellement 14 %.