Airbus plombé par les amendes malgré la réussite commerciale

Malgré sa réussite commerciale, Airbus, qui va reprendre la participation de Bombardier dans le programme A220, a essuyé une perte nette en 2019 liée à des amendes dans une affaire de corruption et une nouvelle charge pour l'avion de transport militaire A400M.

Face à son concurrent américain Boeing englué dans la crise du 737 Max, Airbus a repris en 2019 la couronne de premier avionneur civil mondial avec un carnet de commandes cumulé de 7.725 appareils à fin janvier. Ses ventes se sont établies à 70,5 milliards d'euros, en hausse de 11 %. Pourtant, l'avionneur a annoncé jeudi 13 février une perte nette de 1,36 milliard d'euros pour 2019, plombé par 5,6 milliards d'euros de charges exceptionnelles.
Ces résultats "reflètent les accords finaux conclus avec les autorités pour clore les enquêtes de compliance (conformité, NDLR), ainsi qu'une charge liée à la révision de nos prévisions de contrats d'export pour l'A400M", affirme le président exécutif d'Airbus, Guillaume Faury. Ces charges comprennent 3,6 milliards d'amende en France, au Royaume-Uni et aux États-Unis pour éviter des poursuites dans une affaire de corruption en marge de la conclusion de contrats dans plus d'une dizaine de pays.
L'avionneur évoque également une nouvelle charge de 1,2 milliard sur le programme d'avion de transport militaire A400M au développement chaotique, étant contraint de revoir à la baisse ses "ambitions d'exportations", notamment "en raison de la prolongation répétée de l'interdiction d'exportation de l'Allemagne vers l'Arabie saoudite" décrétée après l'assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi à l'automne 2018.
L'avionneur mentionne une autre charge de 221 millions d'euros induite par la suspension par Berlin des licences d'exportation de matériels militaires vers Ryad ou encore 202 millions au titre de l'arrêt du programme A380 dont le dernier des 251 exemplaires doit être livré l'an prochain.
En excluant ces éléments exceptionnels, Airbus enregistre un bénéfice opérationnel ajusté de 6,9 milliards d'euros. Guillaume Faury estime donc que son groupe a "réalisé un très bon exercice 2019, avec de solides performances financières sous-jacentes essentiellement liées à nos livraisons d'avions commerciaux".

81,2 milliards d'euros de commandes

Les prises de commandes se sont élevées à 81,2 milliards d'euros, portant la valeur du carnet de commandes à 471 milliards, grâce en particulier au programme A320neo (comprenant A319, A320 et A321). L'avionneur, qui a atteint le seuil de rentabilité pour son gros-porteur A350, a enregistré 768 commandes en 2019, porté par le succès de son A321neo, et notamment de sa version à très long rayon d'action lancée en juin, l'A321 XLR qui a enregistré "plus de 400 commandes", selon Guillaume Faury.
Pour 2020, Airbus table sur une croissance de l'économie et du trafic aérien "conforme aux prévisions indépendantes" et "sur l'absence de perturbation majeure, y compris résultant du coronavirus".

Montée en cadence

L'enjeu pour l'avionneur va être de poursuivre sa montée en cadence. Il prévoit de livrer "environ 880 avions commerciaux" en 2020, contre 863 en 2019. Une prévision jugée "décevante", selon les analyses de Jefferies et Citigroup citées par Bloomberg.
Airbus table sur une cadence mensuelle de 63 A320 d'ici 2021 et envisage "d'accroître la cadence de production mensuelle d'un ou deux pendant chacune des deux années suivant 2021". Il doit notamment installer une huitième ligne d'assemblage final (FAL) de la famille A320 d'ici mi-2022 à Toulouse.
"Nous avons plus ou moins six mois de retard" sur l'objectif de montée en cadence et "l'objectif est les rattraper au cours des dix-huit prochains mois", a reconnu Guillaume Faury à Blagnac.
C'est également dans le cadre de la montée en cadence de la production de son programme A220, qui nécessite des investissements notamment pour une nouvelle FAL à Mobile (États-Unis), qu'Airbus et Bombardier ont annoncé jeudi la reprise de la participation du constructeur canadien, plombé par les dettes, dans le programme.
Bombardier recevra d'Airbus 591 millions de dollars américains dans cette transaction qui prend "effet immédiatement". Airbus détiendra 75 % de la société en commandite Airbus Canada (SCAC), qui gère le programme A220 (ex-CSeries).
Depuis qu'Airbus a acquis une participation majoritaire dans le programme en juillet 2018, les commandes d'A220 ont grimpé de 64 % et s'élèvent à 658 appareils à fin janvier.
L'avionneur a par ailleurs annoncé jeudi la signature d'un protocole d'accord avec la compagnie nigériane Green Africa Airways pour la vente de 50 A220-300, pour un montant de 4,6 milliards de dollars au prix catalogue 2018, le dernier publié par Airbus.