Alsace : l’écotaxe fait son chemin

08/06/2021 Mathieu Noyer

La nouvelle collectivité alsacienne a été autorisée par l’État à instaurer une taxe poids lourds sur son réseau. Mais elle va sans doute prendre son temps.

L’écotaxe deviendra bien une réalité en Alsace. La balle est en tout cas désormais totalement dans le camp de la Collectivité européenne d’Alsace (CEA) qui serait chargée de sa mise en place. Elle en a reçu l’autorisation fin mai par une ordonnance approuvée en Conseil des ministres pour les poids lourds de plus de 12 tonnes. La collectivité, issue de la fusion des conseils départementaux du Haut-Rhin et du Bas-Rhin, dispose d’un délai de six ans et elle ne semble pas pressée, surtout en cette période électorale. 

Son président Frédéric Bierry la qualifie de "projet à l’échelle d’un mandat complet". Un horizon de trois à quatre ans se dessine pour l’instauration sur un périmètre pouvant couvrir les routes ex-nationales et les portions d’autoroutes gratuites, très majoritaires en Alsace, dont la CEA a hérité de l’État à l’occasion de sa création début janvier.

Critiques en Lorraine

Un tel laps de temps ne sera pas de trop pour convaincre deux acteurs concernés au premier chef. D’une part, les transporteurs qui soulignent que le fret local risque d’être le principal pénalisé car il représente 80 % des flux et réclament une étude d’impact bien détaillée. D’autre part, les territoires voisins. Selon le principe des vases communicants, une taxe sur les poids lourds en Alsace a toutes les chances d’entraîner des reports vers la Lorraine. En l’occurrence, vers l’autoroute A31 déjà bien saturée entre Nancy et Luxembourg et dont le doublement qui soulagerait le trafic ne cesse d’être reporté. 

Les réactions d’élus lorrains, réservés ou franchement hostiles, se multiplient. Par exemple, le département de Moselle et la métropole de Metz demandent "la régionalisation" de l’écotaxe, à savoir son application à l’échelle de tout le Grand Est. "C’est la seule mesure de bon sens", estime Metz Métropole. Sa limitation à l’Alsace serait "une très mauvaise nouvelle environnementale pour la Lorraine : 8 000 à 20 000 camions transitent chaque jour sur l’A 35 entre Strasbourg et Belfort. Et si la moitié du chiffre le plus bas, soit 4.000 camions venaient sur les autoroutes lorraines, ce serait un poids lourd supplémentaire toutes les vingt secondes", calcule la collectivité messine présidée par François Grosdidier.

Celle-ci est particulièrement sensible au sujet car elle a été la victime collatérale de l’abandon de l’écotaxe nationale en 2014. La société Ecomouv’ devait en assurer la collecte depuis Metz et il a dû plier bagage, entraînant localement la suppression de 157 emplois. Les principaux candidats aux régionales se sont également prononcés pour une application dans le Grand Est.