Alstom : un avenir encore en pointillés pour Belfort

Au bout de deux ans, l’opération de sauvetage du site historique de motrices et locomotives d'Alstom à Belfort fait son chemin mais pas de manière encore suffisante.

Alstom tient-il ses engagements pour pérenniser son site de Belfort ? La question attend toujours sa réponse claire, deux ans après la fracassante annonce par le groupe de son intention de fermer son usine historique, avant un revirement devant la mobilisation générale. À la suite de cette chaude alerte, l’industriel et les pouvoirs publics ont décidé une série de mesures et d’investissements dont la concrétisation est placée sous la surveillance d’un comité de suivi. La dernière réunion de cette instance, début octobre, génère une double lecture. Pour les syndicats, "les collectivités ont accompli 80 à 90 % du chemin qui leur incombait, alors qu’Alstom est loin du compte", évalue André Fages, délégué CFE-CGC du site belfortain de 450 salariés.

"Belfort a besoin de combler un "trou" jusqu’à 2020"

L’industriel, lui, estime être en phase avec les plans. Si la constitution d’un centre européen de maintenance se met en place, la controverse se concentre surtout sur les investissements. Sur un total de 70 millions d’euros, 30 millions d’euros n’ont pas encore été engagés pour de nouvelles gammes de locomotives. Pour les représentants du personnel, leur déblocage est un prérequis alors que, pour Alstom, il y a lieu de vérifier au préalable que les perspectives de marché sont assez solides, ce qui reste incertain à ses yeux.

Le fret, une clé

Un autre enjeu fort tient au renforcement du portefeuille de commandes du site. "On est au milieu du gué", résume Damien Meslot, maire de Belfort. Les TGV du futur commandés par la SNCF apporteront 50 % de la charge nécessaire à partir de 2020. L’autre moitié est loin d’être acquise, un contrat de locomotives est en discussion avec l’Ukraine mais tout dépendra des volumes de production qui resteront en France. À horizon plus rapproché, Belfort a besoin de combler un "trou" jusqu’à 2020 que la commande de 30 locomotives par le Maroc ne suffit pas à remplir. "Compte tenu du délai pour les études puis la mise en fabrication, il faudra faire entrer d’autres contrats dans les six mois", analyse André Fages. À court comme à long terme, le fret jouera un rôle-clé, s’accordent les acteurs du dossier : il présente des perspectives de locomotives un peu partout dans le monde, qu’Alstom Belfort devra se montrer capable de capter.