Baptiste Maurand : "La desserte ferroviaire reste le dossier majeur"

Un port ne doit pas se contenter de créer des infrastructures, il doit aussi être pourvoyeur de services innovants, selon Baptiste Maurand, directeur du Grand Port maritime du Havre.

Après un trafic stable en 2018, comment se présente l’année 2019 ?
La tendance se poursuit à la hausse, le port du Havre affiche à fin juillet 0,6 % de trafic supplémentaire à 40,8 millions de tonnes et, pour le trafic conteneurs, une croissance de 3 %, à 1,7 million d’EVP et de 2,3 % à 16,6 millions de tonnes. Cette dynamique des trafics s’explique par la confiance renouvelée des clients, liée notamment à nos plans d’investissements projetés sur plusieurs années, dans un port qui évolue avec son temps.
 

Baptiste Maurand, directeur général du GPMH © Éric Houri
Le trafic des vracs solides s’annonce sombre avec l’arrêt programmé en 2021 de la centrale thermique EDF…
Les transports de charbon seront progressivement moins denses mais nous allons chercher des relais de croissance dans le secteur du vrac solide, dans lequel le port du Havre a un véritable savoir-faire. Nous prévoyons notamment le développement du terminal multivrac pour traiter différents produits et dont l’activité "céréales" serait complémentaire de celle du port de Rouen. Cela demandera au titulaire de la future convention de réaliser quelques investissements. Nous prévoyons de lancer un appel d’offres à l’automne.
 
Vous avez récemment déclaré que Le Havre devait être "un port sans congestion". Qu’entendez-vous par là ?
Avant d’être un port créateur d’infrastructures, ce qui relève de notre devoir, un port doit être pourvoyeur de services, et cela passe par le développement de nouvelles technologies. Soget déploie actuellement sur tout l’axe Seine le Cargo Community Systems S)One et nous travaillons avec Orange sur la création d’une infrastructure numérique.
Notre ambition est de rassembler toutes les données portuaires qui gravitent autour de notre environnement et devraient pouvoir être accessibles à l’ensemble des maillons de la chaîne logistique, depuis le départ de la marchandise de l’entrepôt jusqu’à son chargement dans le bateau : les données relatives aux marchandises traitées, au trafic, à la houle, au vent, mais aussi à la qualité de l’air et de l’eau, à la météo…  Nous sommes entrés dans une nouvelle ère et notre savoir-faire doit se concrétiser dans l’offre de ces services. Cette démarche s’inscrit dans le projet "Smart Port City" qui vient d’être retenu comme lauréat de l’appel à projets "territoires d’innovation" du programme d’investissements d’avenir de l’État.

"Avec les données, nous sommes entrés dans une nouvelle ère"

Quels sont les autres chantiers en cours ?
La rentrée sera "smart" mais aussi "green" : nous travaillons ainsi sur les systèmes de branchements électriques des navires à quai et, avec Total, sur le développement de carburants alternatifs, l’un des vrais sujets du moment. Il s’agit de se mettre en conformité avec les nouvelles normes réglementaires du Global Sulphur Cap 2020. Nous sommes en train d’analyser le marché et de recenser les différents navires, leurs équipements en scrubbers et leurs besoins d’une offre de carburant peu soufré ou de combustibles alternatifs.
Nous poursuivons par ailleurs d’autres priorités : nous attendons fin septembre des offres finales pour l’attribution à Port 2000 des postes 11 et 12. Le choix de l’exploitant sera fait en octobre, les travaux d’aménagement suivront pour une mise en service prévue en 2022 ; l’enquête publique pour la chatière avec l’accès fluvial direct à Port 2000 est programmée pour 2021 et la livraison en 2023 ; les travaux de gros œuvre vont commencer quai Johannes-Couvert pour libérer au printemps 2020 l’empreinte de la future usine éolienne de Siemens-Gamesa.
Autre priorité, les Terminaux Nord. Nous sommes en discussion avec les clients et les acteurs du dossier afin de trouver les bonnes modalités de développement de ces terminaux qui ont un vrai potentiel de croissance avec un positionnement privilégié des clients fidèles, afin de trouver les bons leviers de développement. Il reste à caler le projet, dans le dialogue et en bonne intelligence avec tous les acteurs.
Nous poursuivons par ailleurs nos investissements dans le développement des zones logistiques, en aménageant, depuis cinq ans, 80.000 m2 en moyenne chaque année. Mais la desserte ferroviaire reste le dossier majeur. Nous sommes en négociations avec l’exploitant actuel du terminal multimodal, qui doit désormais assurer la gestion de la plateforme et celle de la navette ferroviaire intraportuaire.

La perspective de la concurrence du canal Seine-Nord fait-elle toujours peur ?
L’axe Seine ne doit pas considérer ce projet comme une menace mais comme une opportunité d’accélérer son développement sur les dix prochaines années.