Brittany Ferries ne verra pas le "Honfleur"

Brittany Ferries a renoncé à la livraison du "Honfleur", qui devait être son premier navire propulsé au gaz naturel liquéfié (GNL). La compagnie bretonne dit avoir perdu confiance dans son fournisseur FSG, en grandes difficultés économiques.

Après des années d'attente, la surprise est à la hauteur de la déception. Brittany Ferries a décidé le 17 juin de "mettre fin au contrat pour la construction de son prochain navire au GNL, le "Honfleur"".
Le navire était presque terminé mais son constructeur, le chantier allemand Flensburger Schiffbau-Gesellschaft (FSG), en difficultés financières, a déposé le bilan en mai.

La compagnie "surprise"

La construction du "Honfleur" a démarré en 2017 à Flensbourg. Son entrée en service était prévue initialement pour juin 2019 puis, aux dernières nouvelles, pour cette année. "La livraison du navire a été repoussée plusieurs fois en raison de problèmes financiers persistants rencontrés par la direction du chantier naval, explique la compagnie. Le changement d’actionnaire principal, avec l’arrivée de Lars Windhorst et du groupe Tennor, intervenu en septembre 2019, n’a pas permis au chantier de renouer avec la croissance ni avec la compétitivité".

"Le changement d’actionnaire principal n’a pas permis de renouer avec la compétitivité"

Alors qu'elle s'attendait à voir aboutir un plan de refinancement du constructeur, la compagnie bretonne dit avoir eu la "surprise du placement du chantier sous la protection du tribunal de commerce, en mai 2020" et de l'échec des discussions avec la direction actuelle de FSG et ses principaux créanciers.
Les commanditaires du "Honfleur", Brittany Ferries et la Somanor – SAS réunissant la région Normandie, les départements du Calvados et de la Manche – en ont tiré les conséquences. Ils reconnaissent "avoir perdu confiance dans la capacité du chantier à terminer le navire dans un délai raisonnable".

La grande première est retardée

La commande du "Honfleur" a été passée fin 2016. Mais le projet est plus ancien. L'armateur avait annoncé pour la première fois en 2014 son intention d'introduire le GNL dans sa flotte avant de se rétracter la même année.
Le "Honfleur", d'un coût de 180 millions d'euros, devait donc être le premier navire français de transport de passagers propulsé au GNL, un carburant qui limite significativement les émissions polluantes. Il devait aussi être le ferry au gaz liquéfié "le plus grand et le plus moderne d'Europe", selon la compagnie. Sa coque avait été mise à l'eau en décembre 2018.
Le navire devait entrer en service en juillet 2019 sur la ligne reliant Caen-Ouistreham à Portsmouth, dans le sud de l'Angleterre, la plus fréquentée de la compagnie, avec 922.000 passagers et 280.000 voitures transportés chaque année. Avec 187 mètres de long, il devait pouvoir embarquer près de 1.680 passagers et 130 remorques de fret ou 550 voitures et 64 remorques de fret.
La compagnie attend toujours la livraison de deux autres ferries propulsés au GNL, le "Salamanca" et le "Santoña", tous deux construits par le chantier chinois Avic Weihei. Le premier a vu sa quille posée en avril dernier et le second doit entrer en service en 2023.
Ces navires doivent être alignés entre le Royaume-Uni d'une part et Santander et Bilbao d'autre part. Chacun disposera d'une longueur de 215 mètres pour une capacité de 3.000 mètres linéaires pour les véhicules et le fret et 1.000 passagers.
Auparavant, en juillet prochain, la compagnie devrait avoir reçu le "Galicia", qui doit démarrer sa carrière en novembre entre Cork et Santander.
Brittany Ferries, premier employeur de marins français, compte entre 2.400 et 3.200 salariés selon la saison. En 2019, la compagnie a transporté 2,5 millions de passagers, 866.000 voitures et 201.500 poids lourds entre la France, le Royaume-Uni, l'Irlande et l'Espagne.
L'aventure GNL de Brittany Ferries ne devrait plus débuter avant trois ans. D'ici-là, Corsica Linea devrait être la première compagnie française à transporter des passagers sur un navire au gaz.