Catherine Rivoallon : "La fusion des ports de l’axe Seine est un modèle unique"

En novembre 2018, le Premier ministre Édouard Philippe avait annoncé la fusion des trois ports de l’axe Seine dans un établissement public unique, doté de trois implantations territoriales "pour disposer d’une réelle unité de commandement et de stratégie". Préfiguratrice de la fusion des ports du Havre, de Rouen et de Paris dans un établissement public unique, Catherine Rivoallon proposera d’ici décembre 2020 un plan stratégique 2020-2025 pour l'axe Seine.

Depuis votre nomination le 7 février au poste de préfiguratrice, quelles ont été les étapes de votre démarche ?
Nous avons commencé à travailler, dès février, sur l’élaboration du plan stratégique 2020-2025 du futur établissement, et identifié des pistes de travail avec une vision globale de ce que pourrait être le marché demain. Le 17 mai, nous avons rencontré les clients des ports de l’axe Seine afin de partager cette vision avec les acteurs économiques concernés par les différentes filières telles que les céréales, la pétrochimie, le tourisme, le conteneur, le BTP…
J’ai voulu que l’on prenne le temps de les écouter, comme un arrêt sur image : les informations de nos clients complètent les réflexions des équipes portuaires, permettent de confronter nos points de vue et nous confortent dans la trajectoire suivie.

Quelles ont été les attentes exprimées en priorité par les clients d’Haropa ?
Nos clients attendent avant tout du service en continu et que nous puissions davantage les écouter dans l’expression de leurs besoins, notamment en termes de transition écologique et énergétique et dans l’innovation, concernant par exemple le sujet de la traçabilité des flux.

"La fusion a été voulue pour pour gagner en compétitivité et en attractivité"
Catherine Rivoallon, présidente du conseil d’administration de Ports de Paris et préfiguratrice du futur établissement public portuaire de l’axe Seine © Éric Houri
Après les acteurs économiques, qui avez-vous associé à l’élaboration du plan stratégique ?
Nous avons poursuivi notre démarche d’écoute et de co-construction avec les territoires : le 11 juillet, nous avons ainsi rencontré les élus, les communautés portuaires et des associations à l’échelle des trois ports de l’axe Seine, de Normandie et de l’Île-de-France, qui ont exprimé leurs attentes. Nous avons également organisé, dans un deuxième temps, des rencontres territoriales par port afin que chaque territoire puisse exprimer ses spécificités locales.

La lettre de mission prévoyait la concertation avec les représentants des personnels d’Haropa, qui compte 1.800 salariés…
Pour mener à bien ce projet d’intégration des trois ports, j’ai adopté la même démarche avec les organisations syndicales. Nous les avons rencontrées et avons signé, fin mai, un protocole d’accord de point de vue, au titre de la création d’un établissement unique. Cet accord précise que les ports ne seront pas spécialisés, comme Paris dans le tourisme, Rouen dans les céréales et Le Havre dans le conteneur, ce qui était leur crainte. Les trois ports seront complémentaires, intégrés dans une démarche commune.
La fusion n’a pas de caractère social : elle n’a pas été voulue pour supprimer de l’emploi. Elle a été faite pour gagner en compétitivité et en attractivité, développer des parts de marché et surtout, pour disposer à trois d’une capacité d’investissement bien supérieure que chaque port dans son coin.

Quelles sont les prochaines étapes ?
Le plan stratégique devrait être bouclé fin octobre et les aspects financiers seront aussi validés d’ici la fin 2019. L’année 2020 sera réservée à la validation par l’autorité environnementale et aux passages obligés par les différents organes de chaque port, les conseils de surveillance et d’administration. Une présentation à titre d’information sera faite aux conseils de développement. Il y aura, bien sûr, des allers-retours d’informations et des échanges de points de vue, l’ultime étape étant le 1er janvier 2021, avec la création de l’établissement unique et la validation du plan stratégique par la nouvelle gouvernance.

Comment concilier des aspirations et des intérêts qui peuvent apparaître divergents ou concurrents, a priori, entre les ports de l’axe Seine ?
Pour un client chinois, américain ou africain, la salade interne de l’organisation d’un port n’a aucun intérêt. Les ports de l’axe Seine ne sont pas concurrents mais doivent délivrer un service uniforme et être en capacité de proposer des solutions d’un bout à l’autre de la chaîne, en termes de solutions logistiques, de foncier, de transition écologique et de report modal. Il y a une vraie complémentarité et je constate que tout le monde a envie de travailler dans ce sens et d’aller de l’avant dans un projet collectif.

Y a-t-il eu, en Europe ou ailleurs, des exemples de fusion similaire, qui ont pu vous servir de modèles ou d’anti-modèles ?
J’en ai cherché, quand le Premier ministre m’a confié cette mission, mais n’en ai pas trouvé ! C’est extraordinaire de créer avec Haropa un modèle unique et durable, qui pourrait en inspirer d’autres. Démarrer une aventure qui n‘a jamais existé auparavant, qui crée l’avenir, est un grand facteur de motivation.