Coalition 4F, pour doubler la part modale du ferroviaire

La filière ferroviaire française, réunie sous la bannière commune de "Coalition 4F", présente un plan de soutien au rail ainsi qu’un programme d’investissement ambitieux sur le réseau ferré, pour doubler la part modale du fer d’ici 2030.

Les entreprises ferroviaires françaises ont enregistré, pendant le confinement, des pertes qu’elles estiment au total à 200 millions d'euros, soit le triple de celles subies au cours des grèves de l’hiver dernier. Pourtant, le plan de soutien au secteur ferroviaire qu’elles ont présenté le 25 juin 2020 va bien au-delà des habituelles mesures réclamées dans ces circonstances. Il s’agit d’un programme de long terme, avec d’importants investissements sur le réseau ferroviaire. Le but : doubler la part modale du rail en dix ans, pour la porter à 18 %.
La Coalition 4F (pour "Fret ferroviaire français du futur") rassemble les transporteurs ferroviaires, les opérateurs du combiné, les prestataires ferroviaires, les associations professionnelles ainsi que SNCF Réseau. L’initiative qu’elle a présentée le 25 juin a été mûrie depuis janvier 2020. "Nous avons été aidés par le contexte politique, la loi LOM prévoyant de bâtir un plan fret avant la fin de l’année. C’est pourquoi nous avons proposé à l’État d’élaborer un plan, qui a été présenté hier au ministre qui a dit vouloir le soutenir", explique Pascal Sainson, président d’Europorte.

Aide à la pince et sillons

Pour améliorer la compétitivité du rail face à la route, et singulièrement face aux pavillons routiers étrangers, les opérateurs ferroviaires demandent à l’État des aides directes. En particulier pour le combiné ferroviaire, en contrepartie de l’engagement de triplement des trafics en dix ans. "Il faut augmenter l’aide à la pince, pour favoriser le report modal et permettre au combiné d’atteindre la compétitivité de la route", plaide Delphine André, présidente du groupe routier Charles André, qui possède Novatrans et Greenmodal.

Rallonger les trains

Elle demande aussi "des sillons pour circuler de façon fiable et rapide, alors que les temps de trajet ont augmenté de 20 % ces dernières années, des travaux rapides et programmés à l’avance pour pouvoir prévenir les clients, l’autorisation d’allonger les trains pour augmenter la compétitivité, et la facilitation de la création de nouvelles plateformes de transport combiné avec une attention accrue à leur localisation et à leur coût". La profession souhaite que soit triplée l’enveloppe annuelle de l’aide à la pince, actuellement de 27 millions d'euros par an. Des aides pour le wagon isolé sont aussi demandées, ainsi que des réductions de péage pour soutenir le rail, à l’exemple de l’Allemagne où les péages ferroviaires ont été divisés par deux en 2018. Ces trois mesures cumulées représentent un effort annuel de 200 millions d'euros.

"Le rail peut faire économiser 1,5 milliard par an dès 2030"
À ces mesures immédiates, 4F en ajoute d’autres, selon deux temporalités. Jusqu’en 2024, la régénération accélérée du réseau : rénovation des triages, des voies de service et des capillaires, et le lancement d’études sur les gros investissements à prévoir pour la période suivante. Entre 2025 et 2030, un programme de grands travaux pour que le réseau s’adapte à des trains plus longs et plus hauts (remorques sur wagons) et surtout pour la création de contournements ferroviaires fret pour les grandes métropoles comme Paris, Lyon et Lille. Au total, un programme d’investissement atteignant 12 milliards d'euros sur dix ans.
En regard de ce montant, 4F souligne la contribution du fret ferroviaire à la cause environnementale. "Pour la première fois, on a fait chiffrer par des économistes les externalités négatives qui peuvent être évitées grâce au doublement de la part modale du rail : si l’on tient compte de la pollution, de la congestion et des émissions de CO2, le rail peut faire économiser 1,5 milliard par an dès 2030", détaille Frédéric Delorme, président de Fret SNCF.