Conteneur : les taux de fret gelés par deux armateurs européens

13/09/2021 Vincent Calabrèse

CMA CGM et Hapag-Lloyd ont annoncé une pause des hausses des taux de fret. Avec cette décision surprenante, ils espèrent tous deux améliorer leurs relations avec leurs clients et en conquérir d'autres...

Dans un contexte où les taux de fret ne cessent d'exploser dans la ligne régulière depuis quelques mois, le groupe CMA CGM a décidé le premier de geler les hausses incessantes des prix à compter du jeudi 9 septembre jusqu'au 1er février 2022. L'allemand Hapag-Lloyd a suivi le mouvement quelques heures après en indiquant qu'il se ralliait à la décision du groupe français, mettant pour le moment les hausses entre parenthèse. Une décision qui porte sur les taux de fret de base mais aussi sur les surcharges.

Du côté de CMA CGM, la décision vaut pour l'ensemble des lignes opérées par toutes les marques qu'elle contrôle, à savoir CMA CGM, la marque du groupe, mais aussi CNC, Containerships, Mercosul, ANL ainsi qu'APL. Le numéro 3 mondial de la ligne régulière rappelle que depuis le début de l’année 2021, les tarifs "spot" poursuivent "leur augmentation par l’effet de la congestion portuaire et du déséquilibre très fort entre la demande et la capacité".

"Privilégier les relations" avec les chargeurs

Par ce choix, qui consiste à ne plus faire varier ces taux pendant près de cinq mois, le groupe explique qu'il "souhaite privilégier une relation de long terme avec ses clients face à une situation inédite dans le transport maritime".

Avec cette décision, les deux armateurs européens semblent donc vouloir améliorer leurs relations avec leurs clients chargeurs et transitaires et en attirer d'autres. Dans la conjoncture habituelle de bas niveaux des taux de fret tels qu'on les a connus avant-crise, l'initiative aurait pu coûter très cher aux opérateurs de ligne régulière. Mais depuis que les prix ont commencé à s'envoler de manière vertigineuse sur de nombreuses routes maritimes et que, parallèlement, la demande a retrouvé un bon niveau, ils ont tous vu leurs finances s'améliorer fortement.

Procéder à ce geste commercial visant à mettre un frein aux hausses incessantes des prix ne va pas donc pas mettre en péril leur trésorerie. D'ailleurs, le groupe CMA CGM indique qu'"il ne met pas pour autant entre parenthèse ses investissements pendant la période".
La compagnie souligne vouloir les poursuivre "massivement pour renforcer son offre de services". Le groupe rappelle avoir ainsi augmenté la capacité opérée de 11 % depuis le 31 décembre 2019, grâce à l’arrivée de navires neufs et l’achat de navires d’occasion. Selon lui, sa flotte conteneurisée a augmenté les quinze derniers mois de 780.000 EVP.

La "Golden Week" chinoise en perspective

Paul Tourret, le directeur de l'Institut supérieur d'économie maritime (Isemar), commente : "Nous pourrions dire que la fête est finie. Mais c'est l'arrêt d'un process. Ces annonces de pause de la part de CMA CGM et de Hapag-Lloyd sont en réalité une stratégie commerciale vis-à-vis de chargeurs qui paient sur certains marchés cinq fois plus qu'en 2020".
Selon lui, "à deux semaines de la "Golden Week", la période de sept jours fériés en Chine qui se tient du 1er au 7 octobre, certains armateurs ont dû estimer qu'ils qu'il leur restait quinze jours pour pouvoir rassurer la clientèle".

Treize ans après la disparition des conférences, la décision des deux compagnies maritimes ressemble à une tentative d'autorégulation du marché. Reste à savoir si l'initiative des deux leaders mondiaux du transport maritime sera suivie par d'autres où si elle restera un épiphénomène.

Pour le Bimco, l'association maritime internationale, "alors que le marché s'est inversé, des années de faibles taux de fret résultant d'une réduction rigoureuse des coûts par les transporteurs maritimes les ont laissés dans une excellente position pour améliorer leurs profits au maximum". Pour ce qui concerne l'avenir, l'institution internationale estime que les armateurs montrent leurs aptitudes à "bloquer les négociations avec les chargeurs dans des contrats à plus long terme avec des taux de fret plus élevés qu'aujourd'hui".