Corridors de transport européens, un enjeu majeur pour les territoires

Tirer parti de la localisation le long de l'un des neuf réseaux prioritaires de transport européens devient une clé du développement. L'élue strasbourgeoise Catherine Trautmann, très impliquée sur le sujet, plaide pour la réalisation d'infrastructures manquantes.

Les corridors européens de transport ne sont pas signalés par des panneaux sur les routes, les voies ferrées ou les fleuves. Au nombre de neuf*, ils n’en sont pas moins essentiels à la bonne circulation des marchandises dans le Vieux Continent. Leur vocation à capter les investissements pour faire sauter les goulets d’étranglement et leur tracé même donnent aux territoires concernés un atout compétitif. Mais saisir cet enjeu géostratégique ne va pas de soi, et c’est tout le mérite de Catherine Trautmann de l'avoir mis en lumière, lors de la dernière session du Propeller Club à Strasbourg.

Concurrence féroce

L’ancienne ministre, maire de Strasbourg et députée européenne a prouvé, si besoin était, sa maîtrise des rouages européens et sa hauteur d’analyse, renforcée par sa fonction actuelle de coordinatrice de l’un des corridors, le mer du Nord-mer Baltique. Ce parcours constitue en effet une "priorité" des Chinois, compte tenu qu’il emprunte la porte d’entrée européenne de la fameuse nouvelle route de la soie, constate-t-elle : "Cet itinéraire s’arrête aujourd’hui à Duisbourg. Une question majeure est de savoir où il va continuer : passera-t-il par Strasbourg, par Lyon, par le terminal luxembourgeois de Bettembourg ?".

"Les ports qui réussiront sont ceux qui combineront la meilleure desserte fluviale, routière et ferroviaire"

Plus généralement, les corridors intègrent de plus en plus la voie fluviale, après avoir été pensés pour la route et le rail. "Ils sont donc désormais au cœur de la stratégie de développement des ports intérieurs dont il est devenu clair qu’elle sera nécessairement multimodale. Les ports qui réussiront sont ceux qui combineront la meilleure desserte fluviale, routière et ferroviaire", assure Catherine Trautmann. La compétition s’annonce toutefois féroce entre infrastructures de tous modes pour attirer une part de l'enveloppe financière de l’Union européenne, très inférieure aux desiderata : les projets présélectionnés des neuf corridors totalisent plus de 700 milliards d’euros. Or, l’échéance étant fixée à 2030 pour la réalisation du Réseau transeuropéen de transport (RTE-T) dont les corridors sont le pilier, "cette année 2017 et les suivantes seront décisives pour rendre des projets irréversibles", souligne Catherine Trautmann, en citant le Lyon-Turin et le canal Seine-Nord.

Faible maillage en France

Le coup d’œil à la carte des corridors fait apparaître une France bien moins maillée que d’autres pays. L'agglomération de Strasbourg est la mieux "dotée", car elle est située à l’intersection de quatre voies : Rhin-Danube, Atlantique, Mer du Nord-Méditerrannée et surtout Rhin-Alpes. Catherine Trautmann y voit un nouvel argument à développer  pour plaider la réalisation des infrastructures manquantes vers le Sud : "Au moment où nous intéressons de plus en plus nos débouchés nord, Anvers, Rotterdam mais aussi Hambourg, l'absence d’offre d’interchangeabilité vers Marseille se fait un peu plus criante encore. Si cela ne se faisait pas par la voie d’eau, il le faudra par le rail".

* Baltique-Adriatique, mer du Nord-Baltique, Méditerranée, Orient-Méditerranée, Scandinavie-Méditerranée, Rhin-Alpes, Atlantique, mer du Nord-Méditerranée et Rhin-Danube