5.000 postes de conducteurs routiers à pourvoir en Île-de-France

La mobilité durable suppose une main-d’œuvre qualifiée, une circulation fluide et des solutions de transport alternatives en nombre et en qualité. Elle impose aussi des règles de concurrence équitables. Autant de défis à résoudre en Île-de-France.

L’Île-de-France n’échappe pas à la pénurie de conducteurs. "Elle y est même amplifiée", selon Élisabeth Charrier. Pour la déléguée régionale de la FNTR, cette tension sur les métiers de conduite est alimentée localement par des chantiers d’ampleur comme ceux du Grand Paris et des JO 2024. Face à une demande de transport en croissance et au manque de candidats, les fédérations du secteur ont lancé la démarche Tremplin déclinée au plan régional.

Élisabeth Charrier, déléguée régionale de la FNTR © FNTR
"Dans ce cadre, plusieurs actions sont engagées en Île-de-France avec les services et administrations publics comme Pôle Emploi, la Direccte et l’Éducation nationale mais aussi les collectivités territoriales, l’AFT et l’OPCA". Au travers de portes ouvertes, forums et actions sur les réseaux sociaux, les entreprises sont également investies. "Un fonds de 9 millions d’euros par an a ainsi été alloué entre 2019 et 2021 pour cofinancer des formations de titres professionnels en sus des moyens de Pôle Emploi. Un soutien spécifique est également disponible pour la formation de déclarants en douane en vue du Brexit".
 
Congestion croissante

Au total, la FNTR estime à 5.000 le nombre de conducteurs routiers à pourvoir dans la région. "Le métier souffre d’une image défavorable en particulier lorsque le chauffeur est appelé à circuler dans Paris". Depuis la fermeture des voies sur berges, la congestion y a augmenté, assure Élisabeth Charrier. "On constate un report sur les voies de surface utilisées historiquement pour le transport de fret et dont les capacités sont fortement diminuées par la multiplication des chantiers". Pour les tournées intra-muros, ces difficultés se traduisent par "une perte d’une demi-heure par jour". Faute de surfaces, il est en outre difficile voire impossible d’envisager des schémas autour d’espaces logistiques urbains.

Des calendriers contraints

L’abandon annoncé des moteurs diesel en 2024 et thermiques en 2030 ainsi que la mise en place, dès cet été, d’une zone à faible émission (ZFE) par la métropole du Grand Paris plongent aussi la profession dans l’incertitude. "Transporteurs responsables, nos membres sont pour la diminution des émissions du transport routier mais les échéances affichées ne permettent pas le renouvellement des flottes".

"Les échéances affichées pour la fin du diesel et des moteurs thermiques ne permettent pas le renouvellement des flottes"

Avec un parc de l’ordre de 125.000 poids lourds et de 300.000 utilitaires, la déléguée régionale souligne l’insuffisance d’offre de véhicules alternatifs et de stations GNV ou électriques. "Nous manquons de visibilité". D’autant que les aides financières sont limitées. "Au plan national, il existe le mécanisme de suramortissement complété par des aides de la Ville de Paris sous condition de localisation (Paris et Petite couronne) et d’effectif (moins de 50 salariés). Quant au dispositif créé par la région, les transporteurs routiers n’y sont pas éligibles".
 
Distorsions de concurrence

La mise en place du Grand Paris s’accompagne aussi de mesures jugées "pertinentes" comme "la volonté d’harmoniser la réglementation sur les livraisons entre communes franciliennes ou la mutualisation des voiries". Une approche similaire est d’ailleurs souhaitée en matière de fiscalité où l’Île-de-France compte plusieurs taxes spécifiques sur les activités de transport et de logistique. En l’absence de mesures dans la Loi d’orientation sur les mobilités (Lom), c’est enfin au plan juridique que les membres de la FNTR Île-de-France entendent faire valoir leurs droits face aux plateformes numériques qui ne respecteraient pas les règles du transport routier… sans exclure, le cas échéant, de recourir eux aussi au régime auto-entrepreneur.