Journée européenne du fret ferroviaire : la qualité de service dans le rail-route, c’est possible

La qualité du combiné est capable de rivaliser avec celle de la route. Le mode l’a confirmé lors du confinement. La prise en compte de ses atouts environnementaux pourrait stimuler son développement même dans la période post-Covid qui s’annonce difficile en raison de la crise économique qui se profile.

Durant le confinement, "la qualité de service du rail-route s’est élevée à 96 % en France", a déclaré Ivan Stempezynski invité à la Journée européenne du fret ferroviaire du Digital SITL le 24 juin. Pour le nouveau président du Groupement national des transports combinés (GNTC), ce record comparé à un niveau de 80 à 85 % en temps normal, "montre qu’il est possible d’atteindre cette performance". Afin de la pérenniser, il appelle les pouvoirs publics et SNCF Réseau à "de nouveaux arbitrages" avec le trafic passagers et dans la planification des travaux sur le réseau ferré. Cette approche favoriserait le combiné et le fret ferroviaire en général.

Concurrence plus vive

La réduction voire la suspension des flux passagers et des travaux sur l’infrastructure a permis d’atteindre cette qualité. Cette dernière résulte aussi d’une baisse du nombre de trains combinés opérés pendant le confinement. En témoigne la chute de 40 à 50 % du chiffre d’affaires de ses opérateurs sur la période malgré une augmentation du fret en provenance de la grande distribution de 10 à 15 % selon le GNTC. Cette baisse de la capacité est confirmée par Christian Durante d’Air Products : "le manque de trains nous a obligé de transférer une partie de nos flux sur la route". Dans la phase post-Covid, l’inquiétude sur la reprise du mode est réelle en outre face à une surcapacité de l’offre routière due à la crise économique qui se profile. Exprimée par Renaud Paulat du groupe Alainé, elle risque de tirer les tarifs du routier vers le bas et de rendre le combiné moins compétitif.

Enjeux environnementaux

L’argument écologique pourrait déjouer ce scénario. Le baromètre Eurogroup Consulting sur le fret ferroviaire et le combiné place en effet, pour la première fois, l’environnement en deuxième position des critères stimulant le report modal. Air Products reconnaît d’ailleurs "de nouveaux contrats grâce à la mise en œuvre de chaînes d’approvisionnement plus vertes".

"Un objectif de triplement des flux combinés rail-route d’ici 2030"

Faisant écho à la Convention citoyenne pour le climat, le plan de la coalition 4F (Fret ferroviaire français pour le futur) remis le 24 juin au ministère des Transports encourage cette transition vers le rail. Pour le combiné, il ambitionne un triplement des flux d’ici 2030.
"Plusieurs actions rapides peuvent être prises comme l'allongement des trains et la modernisation des terminaux", estime Ivan Stempezynski. En parallèle, le GNTC plaide pour une valorisation des tonnes de CO2 économisées par les transporteurs qui recourent au combiné : "Cette approche est plus incitative que la taxation".

Approches multiples

Parmi les autres mesures susceptibles de stimuler le rail-route, Christian Durante évoque une simplification de sa chaîne d’intervenants. De son côté, Éric Guenther rappelle que les conditions d’implantation sur Dourges Delta 3 multimodale supposent l’utilisation des modes combinés. Rejoint par François Corvez de Forwardis, le directeur général de la plateforme multimodale insiste aussi sur les multiples façons de faire du combiné en rassemblant par exemple flux conventionnels, wagon isolé et rail-route ; caisses mobiles et conteneurs ; trajets régionaux, nationaux et internationaux avec ou sans installations terminales embranchées.