L'Assurance transport reprend des couleurs

Après des années en berne, les professionnels de l'assurance transport voient leur filière en nette amélioration. Le secteur remonte la pente alors qu'au même moment il s'attèle à gagner de nouveaux marchés à l’international.

Enfin, soufflait-on dans les rangées de l’amphithéâtre de la Maison de la Chimie, où les professionnels de l’assurance transport, dans toutes ses composantes (agents, assureurs, courtiers, souscripteurs, avocats, experts…), se retrouvaient pour leur rencontre annuelle ces 14 et 15 mai.
Chaque année, le rendez-vous des professionnels de la filière, organisé par le Cesam (Comité d’études et de services des assureurs maritimes et transports), donne lieu à la présentation par la Fédération française des sociétés d’assurance (FFA) des données qui consolident l’ensemble des contrats par toutes les compagnies d’assurance opérant dans les domaines du transport maritime, aérien et spatial.
 "Toutes polices confondues, présente Christophe Graber, président du Comité maritime et transport de la FFA et CEO de la compagnie La Réunion aérienne et spatiale, les cotisations se sont élevées à 2,107 milliards d'euros en 2018, dont 1,6 md EUR pour le maritime (635,2 M EUR pour les corps de navires à + 2,7 % et 963,7 M EUR pour les marchandises à + 3,3 %) et 442,9 M EUR pour l’aérien (+ 18 %). Le portefeuille est en outre bien diversifié, avec 45,7 % de marchandises transportées, un tiers pour les corps maritimes et 21 % pour l’aviation (3,2 % pour le spatial)".

Rétrogradation de Paris

Cela fait quelques années que le secteur assiste à la perte des cotisations et à la rétrogradation de la place d’assurance de Paris, en dépit d’un code (français) de l’assurance concernant spécifiquement le transport maritime (ce qui n’est pas forcément le cas ailleurs) et d’une réputation en analyse des risques et en règlements de sinistres.
L’an dernier, la baisse de 4 à 5 % était imputée aux effets de change, de nombreuses affaires étant souscrites en dollars. En 2018, alors que le marché est toujours tributaire de ces "pondérateurs", la dynamique de croissance a repris son cours haussier avec + 5 % (et + 3 % à change constant).

"Nous avons des perspectives d’évolution encore bonnes"

Cela étant dit, l’assurance transport française ne représente toujours que quelques pourcents des encaissements mondiaux (28,5 md EUR en 2017, données 2018 pas disponibles), et restituée dans le panorama du marché français de l’assurance des dommages de biens et de responsabilité (56 md EUR), elle ne pèse que 4,1 %.

Reprise des tarifs vers le haut

Dans l’aérien, la principale information reste la très nette amélioration. Certes, le trafic mondial de passagers reste bien positionnée (+ 6,5 % en 2018 et + 5 % en prévisionnel en 2019 ; + 3,5 % pour le fret mais 2 % selon les projections de 2019).
"C’est délicat de l’annoncer ainsi mais nous avions une accidentologie et un nombre de morts anormalement bas. 2017 avait enregistré 6 accidents et 11 décès. La situation était atypique. On revient à des données malheureusement plus normales, avec 11 accidents mortels en 2018 et 523 victimes", relève Christophe Graber, qui voit, dans les problématiques rencontrées par les principaux constructeurs et certains fabricants de moteurs, des signes encourageants pour une reprise des tarifs vers le haut (la croissance a été de plus de 20 % en 2018 sur la plupart des composantes).
La filière dispose toujours d’indicateurs macroéconomiques porteurs. "Nous avons des perspectives d’évolution encore bonnes même si un ralentissement est annoncé". La Banque mondiale table sur une croissance de 4,2 % en 2019 dans les pays émergents et de 2 % dans les économies consolidées (1,6 % dans la zone euro). Selon l’OMC, la croissance du transport de marchandises devrait se fixer à + 3 % en 2019 (après + 2,6 % en 2018).  Mais "il faut s’attendre à des turbulences assez importantes du fait de la montée des tensions commerciales et d’un accroissement des incertitudes (prix combustible, taux de change)".
L’an dernier, les mêmes risques faisaient figure d’agents perturbateurs. Encore plus trouble-fête cette année compte tenu du contexte enthousiasmant…