L'hydrogène s'impose comme alternative au diesel

15/07/2020 Érick Demangeon

La transition énergétique et écologique dans le routier passera par un mix de solutions. Parmi elles, le recours à l'hydrogène possède un fort potentiel, selon EcoCo2.

La lutte contre le changement climatique et l’amélioration de la qualité de l’air affectent directement la réglementation des transports. Ainsi, la Stratégie nationale bas carbone, qui fixe à 2050 la neutralité carbone en France, la loi d’orientation des mobilités (LOM), qui interdit la vente de véhicules à énergies fossiles carbonées d’ici 2040, ou la création de zones à faibles émissions (ZFE) dans la plupart des villes françaises façonnent l'avenir de ce secteur.
"D'ici 2040, toutes les études prévoient que le biogaz et surtout l’électricité seront les principales énergies consommées dans le transport routier de marchandises, constate Andrew Patry, chargé de mission des programmes "Objectif CO2", lors d’un webinaire consacré aux énergies de rupture organisé le 2 juillet par Eco CO2. La société est missionnée par l’Ademe pour accompagner les entreprises dans le programme Engagements volontaires pour l’environnement (EVE) Transports et logistiques.

Charge et volume utiles préservés

En matière d’électromobilité, deux grandes étapes sont envisagées. Jusqu’en 2025-2030, il faudra se contenter de moteurs électriques alimentés par batteries. Puis une nouvelle génération de moteurs à hydrogène produit par électrolyse, via l'usage de piles à combustible, devrait s'imposer.

"La fiabilité des moteurs doit être améliorée et le prix des véhicules doit baisser"
"Les moteurs à hydrogène sont aussi rapides à remplir que les moteurs thermiques et leur autonomie est identique, avance Bertrand Dumas, également chargé de mission EcoCO2. De plus, le volume et la charge utiles du véhicule sont conservées". Au plan environnemental, "ces motorisations n’émettent pas de CO2, de particules ou de Nox, poursuit Bertrand Dumas. Elles réduisent les nuisances sonores et olfactives, et ne rejettent que de la vapeur d’eau". Des performances qui sont obtenues dès lors que l’hydrogène est produit par électrolyse, via un courant électrique d'origine renouvelable.

Premiers déploiements

D’ici 2040, des obstacles doivent être surmontés pour démocratiser l’hydrogène dans le routier. Ainsi la fiabilité des moteurs doit être améliorée et le prix des véhicules, actuellement quatre à cinq fois supérieur à celui d’un véhicule à moteur thermique, doit baisser. Le développement de l'hydrogène impose en outre la mise en service d'un réseau de stations de recharge et une offre suffisamment variée de camions.
Pour relever ces défis, les constructeurs de véhicules industriels, équipementiers et carrossiers se mobilisent seuls ou forment des alliances (Iveco-Nikola, Daimler-Volvo, etc.). Certains sont passés à des phases opérationnelles à l’image de Chéreau avec Malherbe et Delanchy qui exploitent déjà des semi-remorques à hydrogène. Des programmes soutenus par des aides publiques donnent également lieu à des expérimentations porteuses. C'est le cas du projet Cathyopé qui rassemble Green GT, Carrefour, Air Liquide et les Transports TC pour tester en condition réelle un camion à hydrogène 44 tonnes "retrofité" à partir d’un poids lourd diesel. Le projet corridor H2 fait de son côté l'objet d’un appel à candidatures ouvert jusqu’en octobre. Il soutient la conception de systèmes de propulsion et de groupes frigorifiques à hydrogène ainsi que le déploiement des stations-services H2 entre la Wallonie et la Catalogne.