L'industrie du shipping paye le lourd tribut du covid

L'industrie du transport maritime fait partie des grandes victimes du coronavirus. Bien qu'elle soit moins affectée que le transport aérien de passagers, nombreux sont ses activités qui payent un lourd tribut depuis l'apparition du virus en Chine puis sa propagation planétaire.

Que ce soit dans le conteneur, dans la croisière et dans le vrac, le premier bilan des effets du virus sur les divers secteurs du tranport maritime est déjà lourd.
Comme le constate l'Isemar dans sa dernière note de synthèse intitulée "Pandémie planétaire, premiers effets maritimes", le conteneur a rapidement souffert de la crise sanitaire mondiale. Analysant l'évolution du Shanghai Containerized Freight Index (SFCI), Paul Tourret, le directeur de l'institut nazairien, rappelle à son tour que le marché a vécu les premiers effets du Covid-19 en Chine avant d'en souffrir en Occident. Pour lui, "la demande printanière s'est vite trouvée compromise. Quant à la consommation estivale, elle se trouve menacée".

"Conteneur : le désarmement prend des proportions jamais vues"


Pour preuve, au SCFI, la moyenne s'élevait mi-mai à 835 USD. Une contraction continue de s'afficher vers l'Europe, où l'indice s'élevait la semaine dernière à 970 USD. À destination des États-Unis, il atteignait 922,20 USD vers la côte Est et 733,53 USD vers la côte Ouest. Sur le transpacifique, pour l'institut, "la baisse est plus forte que lors de la crise de 2009".
Sur le marché du conteneur, il chiffre à 500 l'annulation du nombre de départs de navires sur un mois. La réduction du nombre de services ne s'est pas fait attendre. Les opérateurs ont rapidement contracté leur offre en plaçant des navires à l'arrêt.
"Le désarmement prend des proportions jamais vues", note Paul Tourret. Il souligne qu'il a atteint 2,2 M EVP, soit 10 % de navires à l'arrêt. En 2008, ce chiffre s'était élevé à 1,5 M EVP et 12 % de la flotte.

300 paquebots à l'arrêt

Autre secteur du shipping victime de la pandémie, la croisière. La promiscuité des voyageurs ou des équipages à bord des paquebots s'est montrée rapidement le meilleur outil de la contagiosité. "Diamond Princess", "Greg Mortimer", "Coral Princess", "Costa Atlantica"… Autant de navires sur lesquels des passagers ont été contaminés ou suspectés de l'être lorsqu'il ne s'agissait pas des membres d'équipage.
Le virus aura eu pour effet de remettre en cause l'industrie avec la mise à l'arrêt de 300 paquebots et la suppression par tous les opérateurs de croisière de leurs services depuis le début du printemps pour une durée encore indéterminée. Certains annoncent leur retour sur le marché en 2021. Reste à savoir quand la croisière aura de nouveau du succès auprès de la clientèle.
En matière de construction navale, si le carnet de commandes est pour l'heure bon pour les trois constructeurs qui bénéficient du soutien des États, il ne fait nul doute que le coup de frein sur la croisière constitue une menace. Selon l'Isemar, Meyer Werft s'attend à une décennie difficile. En France et en Italie, le statut public des chantiers les mettra sans doute à l'abri de la mauvaise conjoncture tandis qu'en Corée du Sud et en Chine, on peut imaginer qu'une réorganisation sera vite rendue nécessaire.
Du côté du pétrole, après avoir décrit le plongeon du prix du baril dû à l'effondrement de la demande en Chine, première victime du Covid-19 dans le monde, et au fort recul de la demande de la part des compagnies aériennes et maritimes, l'institut pointe "un effet paradoxal".

Le vrac touché aussi

On aurait assisté à la forte hausse des taux d'affrètement des navires de type VLCC et Suezmax dès que ceux-ci ont montré leurs rôles de stockage flottant.
Au chapitre des vracs secs, l'analyste estime que le ralentissement de l'économie chinoise dès la mi-janvier a eu un effet immédiat, avec "une baisse de la demande sur les matières premières" telles que le fer, le charbon et le soja. À cet égard, l'indice Baltic Dry Index (BDI) a rapidement montré des signes de faiblesse puisqu'il s'est établi en mars à 600 points, son niveau minimum, avant de se reprendre en avril. Le courtier maritime londonien Clarkson prévoyait une baisse de 4 %, avec un maintien du fer en Chine, un repli de 5 % du charbon et une chute de 15 % des vracs pilotés par l'Europe et du conventionnel.
Quant au grain, il semble que la baisse des volumes ne soit pas attendue puisque certains pays continuent à importer pour limiter les risques au cours des mois à venir.
Aujourd'hui, alors que le déconfinement se concrétise file et que l'on commence à entrevoir le bout du tunnel, on peut se dire que la crise ne devrait pas être aussi longue que prévu mais qu'elle laissera derrière elle quelques ajustements