La paralysie du transport aérien pourrait coûter 252 md USD au secteur

Les compagnies aériennes, paralysées par la propagation du coronavirus et les fermetures de frontières qui l'accompagnent, pourraient perdre 252 milliards de dollars de revenus en 2020, a annoncé mardi 24 mars leur fédération, l'Iata, doublant quasiment sa première estimation.

"Il s'agit de la crise la plus profonde jamais traversée par notre industrie", a commenté le directeur général de l'association internationale du transport aérien (Iata), Alexandre de Juniac, appelant les gouvernements à l'aide face à l'arrivée d'"une crise de liquidités". Il y a à peine trois semaines, le scénario le plus pessimiste de l'Iata envisageait 113 milliards de pertes de chiffre d'affaires.
"Aujourd'hui, nous prévoyons une baisse de chiffre d'affaires pour le trafic passagers de 252 milliards", soit 44 % de moins par rapport à 2019, sur la base d'une crise qui durerait trois mois, a ajouté Alexandre de Juniac. "Nous avons besoin d'un package d'aides de toute urgence" et "nous avons désespérément besoin de cash", a-t-il poursuivi. La crise affecte désormais 98 % du trafic passagers dans le monde, selon l'Iata.
"Certains gouvernements ont déjà fait un pas en avant, mais beaucoup d'autres doivent suivre" le même chemin, a ajouté Alexandre de Juniac. De nombreuses compagnies ont dû clouer au sol la quasi-totalité de leur flotte en raison des restrictions de circulation liées au coronavirus. Le secrétaire américain au Trésor, Steven Mnuchin, a indiqué lundi qu'"une disposition spéciale" pour les compagnies aériennes était en négociation, soulignant que le transport aérien était une industrie stratégique pour la sécurité nationale du pays.

"La crise affecte désormais 98 % du trafic passagers dans le monde"

Dans les précédentes crises liées à une épidémie, un rebond était constaté quelques mois après la fin de la crise, a expliqué le responsable financier de l'Iata, Brian Pearce. Mais, cette fois, il y a deux différences, selon lui, "la première, c'est qu'elle s'est propagée dans le monde entier, mais, plus important, nous n'avons jamais vu une épidémie être accompagnée de la profonde récession mondiale qui est maintenant attendue" et qui retardera la reprise du trafic.
En début d'année, une compagnie aérienne moyenne disposait de deux mois de trésorerie devant elle, selon l'Iata. "Nous travaillons dur pour survivre", mais "nous avons besoin que les gouvernements agissent vite avec une aide financière pour éviter que nous nous retrouvions à court de liquidités et que près de la moitié des compagnies meurent du coronavirus", a alerté Alexandre de Juniac.

76 md USD de revenus en moins en Europe

Selon les projections de l'Iata, l'Asie serait la région la plus sévèrement touchée avec 88 md USD de revenus en moins, suivie par l'Europe (- 76 md USD), l'Amérique du Nord (- 50 md USD), le Moyen-Orient (- 19 md USD), l'Amérique latine (- 14 md USD) et l'Afrique (- 4 md USD).
Sur la base de trois mois de crise, les projections de l'Iata prévoient une baisse de 65 % des capacités offertes par les compagnies au cours du deuxième trimestre pour finir l'année avec une baisse de 10 % au quatrième trimestre. Le secteur s'est relevé de plusieurs crises – 11-Septembre, Sras, crise financière de 2008-2009 – et enregistre depuis plusieurs années une croissance moyenne du trafic de 4 à 5 % par an. Mais de nombreuses compagnies sont fragiles en raison de marges assez faibles et de coûts fixes importants, surtout en Europe où le secteur est très peu consolidé, contrairement aux États-Unis.  
La semaine dernière, les compagnies aériennes avaient déjà lancé un appel au secours pour demander une aide d'urgence allant jusqu'à 200 milliards de dollars (185 milliards d'euros). L'Iata, qui rassemble 290 compagnies représentant 82 % du trafic mondial, avait demandé un "soutien financier direct" aux transporteurs de passagers et de fret pour compenser leur manque à gagner et combler leurs trous de trésorerie, mais aussi des prêts et des garanties consentis par les gouvernements et les banques centrales, ou encore par des allègements d'impôts et de charges sociales.