La relance du fret passera par l’innovation

30/12/2020 Érick Demangeon

L’innovation est l’un des leviers pour doubler la part de marché du fret ferroviaire en France d’ici 2030. Train autonome, attelage automatique, Internet des Objets, motorisations hybrides… sont présentés comme des passages obligés pour relever ce défi, selon les clients et les opérateurs du rail.

Pour la première fois en France, une locomotive a circulé en autonomie partielle sur le réseau ferré national le 29 octobre. Entre Longwy et Longuyon dans l’Est de la France, ce test s’est déroulé sur une ligne équipée du système européen de signalisation ERTMS sous la surveillance d’un conducteur. La locomotive, une Prima BB 27000, était dotée de fonctions d’accélération et de freinage 100 % automatiques.

"Le premier train 100 % autonome est attendu sur le réseau ferré national pour 2023"

Ce test a été mené par le consortium composé d’Alstom, Altran, Apsys, Hitachi Rail, Railenium et la SNCF. Ce groupement créé en 2018 a pour objectif de concevoir des trains autonomes de passagers et de fret. Les prochaines étapes de ce projet consisteront à faire circuler une locomotive sur une ligne équipée d’une signalisation "classique" et à perfectionner ses dispositifs de pilotage embarqués. La circulation du premier train 100 % autonome sur le réseau national est annoncée pour 2023.

Les promesses du train connecté

Récemment, la Journée d’Objectif OFP et le colloque de l’Association française du rail (Afra) ont détaillé les conditions d’une relance du fret ferroviaire. L’innovation y a été présentée comme "essentielle" pour doubler la part du mode dans le transport de marchandises en France et la porter à 18 % d’ici 2030. Le train autonome décliné dans le fret par exemple "optimisera les fréquences, la régularité et la fluidité des circulations sur le réseau", assure Bertrand Minary, directeur Innovation & Digital au pôle Transport ferroviaire et multimodal de marchandises (TFMM) de la SNCF.
Le développement des systèmes d’attelage automatique (DAC) est également encouragé par les opérateurs rassemblés au sein de l’alliance Fret ferroviaire français du futur (4F). Utilisé aux États-Unis et en Russie depuis des dizaines d’années, le DAC est testé actuellement par les chemins de fer allemands, autrichiens, suisses et suédois. Il permet notamment de composer des trains plus rapidement et d’améliorer la sécurité des agents tout en contrôlant les systèmes de freins de façon automatique sur l’ensemble des convois. L’internet des objets (IoT) est cité aussi comme un moyen d’optimiser l’entretien et la maintenance des matériels roulants, et de proposer de nouveaux services aux chargeurs (suivi des marchandises, alertes, remontées de températures ou des chocs…).

Vers des motorisations hybrides

L’innovation dans le ferroviaire s’étend aux motorisations. Alstom et Nestlé Waters, par exemple, collaborent sur d’un projet de locomotive à hydrogène pour trains de fret lourds. Leurs travaux visent à créer un engin de traction hybride pouvant circuler sous caténaires et avec hydrogène ou batteries sur le réseau ferré non électrifié. Saluant cette initiative, les opérateurs ferroviaires membres d’Objectif CO2, à l’image de RDT 13, appellent les constructeurs de locomotives à enrichir en parallèle leur offre d’engins de traction hybrides diesel et électrique et leur homologation en France.