Le groupement des employeurs du Havre réaffirme l’urgence des réformes et des travaux

Report modal, fiscalité, domanialité : le président du Groupement des employeurs de main-d’œuvre du port du Havre, Christian de Tinguy, s’impatiente.

Alors que le conseil de surveillance a annoncé le 29 juin un programme d’investissements d’un montant global de plus de 500 millions d’euros, Christian de Tinguy insiste à nouveau sur la nécessité d’engager rapidement, et concomitamment, les travaux annoncés.

Christian de Tinguy, président du Gemo © Éric Houri
"Oui, ce sont de bonnes nouvelles, concède le président du Groupement des employeurs de main-d’œuvre (Gemo) du port du Havre. Cela fait dix ans que nous n’avons pas eu de tels aménagements et cela fait dix ans que nous les demandons, mais il faut faire vite !" Si l’agrandissement de Port 2000 avec les postes 11 et 12 et son accès fluvial direct par la "chatière" ont été actés, il faut "mettre en œuvre rapidement ce qui a été décidé. Nous avons évoqué l’urgence à réaliser concomitamment ces travaux lors de la commission des investissements du 18 juin".

Anticiper la massification

Car pour le président du Gemo, il s‘agit de réaliser les deux projets en même temps, pour ne pas "augmenter la capacité sans anticiper la massification". La création des postes 11 et 12 à Port 2000 demandera près de cinq ans de travaux par le port puis les opérateurs. Et Christian de Tinguy fustige les temps de réalisation des grands projets d’aménagement : "On aura mis dix ans pour réaliser les investissements de ces deux postes, pour lesquels le conseil de développement avait déposé une motion dès octobre 2012". Et de rappeler l’enjeu du report modal, alors que "le fluvial régresse : on ne se développera pas qu’avec la route qui représente déjà près de 90 % des flux".
"Tout prend trop de temps", n’a de cesse de répéter le président du Gemo. Ainsi, depuis les Assises de l’économie de la mer de novembre 2017, "nous attendons toujours des déclarations sur le modèle des ports, leur gouvernance et leur modèle économique". Avec la casquette de président de l’Union nationale des industries de manutention (Unim), Christian de Tinguy déplore également la lenteur des dossiers traités au niveau national, tels que la domanialité publique et la fiscalité. Peu optimiste quant à la perspective d’atteindre au Havre les 3 millions de conteneurs à fin 2018, il rappelle que le développement d’un port est lié à deux facteurs : le développement local des marchandises, qui passe par l’installation d’entrepôts à proximité immédiate et l’implantation d’industries qui génèrent des flux. Et pour les capter sur le port, "il faut y attirer les investisseurs, logisticiens ou industriels, ce qui nécessite une domanialité et une fiscalité attractives".

Concurrence entre les axes

L’autre facteur de développement consiste à "aller chercher la marchandise au-delà de son territoire, et pour cela massifier et être compétitifs sur toute la chaîne de transport. Il faut du fluvial jusqu’à l’Île-de-France et du ferroviaire au-delà : deux dessertes pour lesquelles nous sommes en retard".

"La concurrence interportuaire ne se situe pas entre les ports eux-mêmes"

Car aujourd’hui, "la concurrence interportuaire ne se situe pas entre les ports eux-mêmes, mais entre les axes stratégiques : l’axe Seine à partir du Havre et les axes d’Anvers et Rotterdam". En toile de fond de cette concurrence, le président du Gemo ne se lasse pas de rappeler le rôle crucial des investisseurs privés dans le développement des places portuaires. Avec un modèle idéal, celui du port d’Anvers. Et de citer l’Autorité portuaire belge qui assure, dans son rapport annuel 2017, intervenir comme "facilitateur actif et stimulateur de la réalisation des priorités stratégiques du port" et "apporter son soutien aux initiatives axées sur le client".