Le train sanitaire, des conflits du XIXe siècle au TGV du coronavirus

Les TGV médicalisés, utilisés pour évacuer des malades du Covid-19 vers des régions où l'épidémie est moins avancée, sont les descendants directs des trains sanitaires inventés à la fin du XIXe siècle.

Selon l'historien du rail Clive Lamming, le transport par chemin de fer de soldats blessés vers l'arrière semble avoir été improvisé pour la première fois en 1848 en Italie. Il sera utilisé pendant la guerre de Crimée en 1855, la guerre de Sécession américaine (1861-1865) et la guerre franco-allemande de 1870.
La Société française de secours aux blessés militaires avait fait sensation à l'exposition universelle de Vienne en 1873 en présentant un train sanitaire modèle. Celui-ci comportait une voiture pour les médecins avec cabinet de travail, une pharmacie, trois "wagons-ambulances" – déjà exposés à l'exposition de 1867 à Paris – avec des lits superposés ou des bancs pour les blessés assis, un réfectoire, une cuisine...
C'est en 1889 qu'on décide en France de constituer cinq "trains sanitaires permanents" sur ce modèle. Composés de 23 voitures – dont 16 pour les blessés couchés –, ils sont fournis par les grands réseaux ferroviaires français et placés sous la direction du service de santé militaire.
Mais la boucherie de la Première Guerre mondiale les rend très vite insuffisants. On se tourne alors vers l'aménagement de voitures de voyageurs classiques pour le transport des blessés, assis ou couchés, raconte la SNCF dans une note historique.

1920 : les "voitures sanitarisables"

On passe dans les années 1920 aux "voitures sanitarisables". Ce sont des voitures ordinaires qui peuvent être facilement transformées pour transporter des brancards : les banquettes et les cloisons de compartiments peuvent se démonter pour faire de la place. Cette option a été de mise jusqu'aux années 1980, rappelle la SNCF.
Les trains ont également transporté en temps de paix des personnes ne pouvant voyager qu'allongées et accompagnées d'une équipe de soignants. La SNCF a ainsi disposé de "voitures ambulances", aménagées en permanence, qui permettaient le transport de voyageurs sur des lits ou des brancards. Les trains de pèlerins pour Lourdes en ont été les principaux utilisateurs, jusqu'à leur réforme en 2014.
L'exercice annuel de médecine de catastrophe organisé par le Samu et l'AP-HP a remis le concept au goût du jour en mai 2019, avec l'utilisation d'un TGV Duplex comme train sanitaire pour transférer à Paris des victimes d'un attentat (fictif) à Metz. Le modèle a été adopté pour transporter des patients atteints du Covid-19 : quatre malades sont installés sur des brancards posés sur les sièges dans la salle basse d'une voiture normale, tandis que la salle haute est laissée libre pour la circulation des personnels soignants.