Les chargeurs ne perdent pas la route de vue

23/03/2021 Érick Demangeon

En 2021, industriels et distributeurs tablent sur une augmentation de leurs besoins en transport routier et sur une stabilité tarifaire. Cependant, le risque de défaillances chez les transporteurs fragilisés par la crise sanitaire est insuffisamment pris en compte.

La dernière étude du Comité national routier, publiée fin février, relatait une reprise du chiffre d’affaires des transporteurs routiers en janvier par rapport à décembre 2020. Présentée le 9 mars, l’enquête sur le mode, menée par le consultant Bp2r et l’AUTF, conforte cette tendance puisque 63 % des chargeurs anticipent une augmentation de leurs besoins en transport routier cette année. 

Selon les industriels et distributeurs interrogés, le retour de leurs volumes devrait rééquilibrer l’offre et la demande sur le marché domestique après une surcapacité perçue l’an dernier en raison de la crise sanitaire. Une crise qui devrait encore avoir des effets sur les capacités routières à l’international, en revanche. Cette crainte "est plus liée au chaos organisationnel créé par la Covid-19 qu’à un manque structurel d’offre", précise Valérie Cornet. La déléguée aux transports terrestres à l’AUTF illustre cet avis par "les difficultés aux frontières, les mesures sanitaires imposées aux conducteurs, la désorganisation des flux et l’introduction du paquet routier européen".

La qualité au rendez-vous

En majorité, les chargeurs se déclarent satisfaits de la qualité de service de leurs transporteurs. Identique à 2019, le taux de reports et d’annulations de transport dus à ces derniers s’élève à 4,4 % en 2020. Il s’améliore sensiblement dans les transports frigorifiques (3,6 % contre 6,4 % en 2019) et de vracs liquides (2,9 % contre 4,7 %).

La qualité de service du transport routier n’a pas souffert malgré la crise sanitaire

En termes de tarifs, industriels et distributeurs constatent une stabilité en 2020 (+ 0,17 %), "les transporteurs s’étant davantage concentrés sur le maintien de leurs portefeuilles clients", selon Alexandre Vienney de Bp2r. Mais malgré cette stabilité tarifaire, les donneurs d’ordres estiment à 1,3 % la hausse de leurs coûts routiers l’an passé en raison "de compensations accordées aux transporteurs pour faire face à la crise". 

Risque accru de défaillances

En 2021, les chargeurs tablent sur une revalorisation moyenne des prix d’environ 1 %. Le consultant juge cette hausse "insuffisante pour couvrir les investissements attendus par le marché en termes de transformation digitale et de RSE, et face à l’inflation des coûts de revient des transporteurs dont liés au virus". Alexandre Vienney s’étonne aussi de l’opinion qu’ont les donneurs d’ordres sur la santé financière de leurs transporteurs. À 41 %, ils la considèrent "bonne, voire très bonne". 

De même que Valérie Cornet, il les alerte sur "le risque de défaillances brutales avec la diminution des aides de l’État". Ce risque commence à être perçu semble-t-il puisque pour la première fois dans l’enquête de Bp2r et de l’AUTF, la solidité financière des transporteurs apparaît parmi les critères d’achat de services de transport routier après la qualité, les tarifs et l’engagement capacitaire.

Retour aux fondamentaux

Pour améliorer et optimiser leurs flux routiers, les chargeurs citent enfin une collaboration plus étroite avec les transporteurs déjà sous contrat suivie d’actions opérationnelles : optimisation des chargements, recours à des outils numériques de pilotage et de simulation, appels d’offres… les enjeux environnementaux étant relayés au second plan.