Les transitaires rouennais restent inquiets

Réélu à l’unanimité le 11 mai pour un deuxième mandat à la tête du Syndicat rouennais des commissionnaires de transports et des transitaires, Pascal Cohen, directeur du groupe Somatrans en Normandie, s’interroge sur la santé de la place portuaire.

"Quand on est comme nous, un port spécialisé dans les échanges nord-sud, avec l’Afrique et les Dom-Tom comme principales destinations, ça n’est jamais facile. Le continent africain connaît des hauts et des bas. Les Antilles, c’est un peu plus stable, même si les trafics dépendent des investissements réalisés sur place", commente d’entrée le président du Syndicat rouennais des commissionnaires de transports et des transitaires (SRCTT, 34 adhérents).

Rapprochement et incertitudes

Sa principale préoccupation du moment concerne les partenaires de la manutention portuaire : "Ça bouge beaucoup actuellement. La Somap (société d’organisation de manutention et d’activités portuaires), reprise en septembre 2017 par l'armateur Marfret, doit faire face à des difficultés financières et devrait se réorganiser. Quel sera l’impact des mesures qui seront prises ? L’arrêt de certaines prestations ? Quant à la cession annoncée des activités portuaires du groupe Bolloré en France à Kuhn Maritime, elle comporte également son lot d’incertitudes", analyse Pascal Cohen.

Pascal Cohen, président du SRCTT © Vincent Rogé
Le tout prend place dans une contexte de fusion ou de rapprochement des trois ports implantés le long de l’Axe Seine – Le Havre, Rouen et Paris – dont personne ne sait très bien ce que cela va donner. "Le point positif, c’est que les pouvoirs publics semblent avoir compris que les ports ont besoin d’un peu moins d’ingénieurs et de davantage d’acteurs du commerce. Préfiguratrice de la future entité, Catherine Rivoallon vient du privé. Et Laurent Foloppe, qui vient d’être nommé directeur commercial et du marketing d’Haropa Ports de Paris-Seine-Normandie, a fait l’essentiel de sa carrière au sein de la branche logistique du groupe Bolloré. Ce sont deux bonnes nouvelles", commente le président du SRCTT.

La confiance des armateurs en berne

En revanche, la volonté de retrouver la confiance des armateurs, affichée par le SRCTT depuis quelques années, est en berne. Plus question d’armement du Moyen-Orient spécialisé dans le roulier ni de solutions alternatives via Tanger avec CMA CGM pour desservir les Antilles. "Il faut voir ce que va donner l’arrivée des nouveaux porte-conteneurs", espère Pascal Cohen. Une bonne nouvelle dans ce paysage en demi-teinte, la montée en puissance des importations conteneurisées, en provenance de Chine majoritairement, mais opérées surtout par des armements asiatiques, donc recourant au barging sur la Seine. "Il n’y a pas encore assez d’opérateurs dans ce secteur", regrette le président du syndicat des transitaires.
Enfin, concernant le groupe Somatrans (170 salariés) dont il dirige l’antenne normande (45 salariés), Pascal Cohen, révèle qu’après avoir construit une plateforme logistique de 7.000 m2 à La Réunion il y a deux ans, le transitaire projette d’y installer "une petite sœur, même si le mouvement des gilets jaunes y a été très impactant pour les entreprises", ainsi qu’une autre sur l’île Maurice.