Liebherr : sursis pour le transport de pelles minières sur le Rhin

22/07/2020 Mathieu Noyer

Le constructeur de machines de chantier Liebherr reconduit son expérimentation du report vers la voie d’eau pour le pré-acheminement de colis lourds entre l'Alsace et la mer du Nord, après une première année encourageante.

Transporter des pelles minières géantes par le fleuve plutôt que par la route. C'est ce que le groupe Liebherr expérimente depuis juin 2019. Un test grandeur nature qui montre les limites du report intermodal vers le fluvial, sans décourager l'entreprise, qui a décidé de renouveler son essai pour un an. "Les résultats sont inférieurs aux prévisions, mais restent très satisfaisants compte tenu de la dégradation de la situation économique survenue entre temps. Nous poursuivons, avec prudence. Nous surveillerons l’effet de seuil en-dessous duquel le report modal ne serait plus efficient", expose Marc Lagarde, responsable de la logistique externe.
Le test concerne un trajet du port de Colmar-Neuf-Brisach (Haut-Rhin) vers Anvers et Zeebruges, à destination ensuite des grandes zones d’extraction minière dans le monde. En un an, elle a transporté 107 machines (sur un objectif initial de 134) représentant 1.071 colis pour un poids cumulé de 18.200 tonnes qui a économisé 280.000 km sur la route et 580 tonnes de CO2.

L’usine de fabrication Liebherr Mining Equipment Colmar a saisi deux opportunités : sa proximité de quelques kilomètres avec le port fluvial et le fait que celui-ci soit équipé désormais d’une grue mobile du transporteur Scales, dédiée en première intention aux grosses turbines de General Electric, mais ouverte à d’autres chargeurs de colis lourds. Les capacités de levage sont compatibles avec les dimensions des colis de Liebherr Mining Equipement : jusqu’à 150 tonnes et 19 mètres de longueur, 5 mètres de large et 4 mètres de haut.

Prestataires locaux

Le site colmarien de Liebherr avait lancé une étude de faisabilité auprès du cabinet Karo International, financée en partie par VNF dans le cadre de son Plan d’aide au report modal. "Sur l’aspect environnemental, le verdict en faveur de la voie d’eau ne faisait pas de doute. L’enjeu consiste à confirmer, ou pas, son avantage économique et organisationnel", analyse Marc Lagarde. L’entreprise a trouvé les prestataires locaux en mesure d’assurer le transport, à savoir Straumann et Wack pour le transport exceptionnel routier en sortie d’usine et Haeger & Schmidt (H&S) pour les barges, d’une capacité unitaire de 3.000 tonnes pour une longueur de 110 ou 135 mètres.
L’expérimentation se prémunit aussi contre les basses eaux. "Nous avons élaboré un plan B en parallèle qui consiste à réserver des autorisations de transport lorsque le niveau du Rhin diminue trop", souligne Amélie Arena, ingénieure projet.