Maersk réclame une taxe carbone pour le shipping mondial

03/06/2021 Franck André avec AFP

Pour accélérer la transition énergétique, Maersk propose l'instauration d'une taxe carbone de 150 euros par tonne de CO2 sur les carburants dans le transport maritime

Maersk passe encore un niveau dans son engagement pour le verdissement du transport maritime. Le numéro un mondial de la ligne conteneurisée propose que le secteur soit soumis à une taxe carbone d'au moins 450 dollars (368 euros) par tonne de combustible, ce qui correspond à 150 dollars par tonne de dioxyde de carbone (CO2) émis. Pour son PDG Søren Skou, cette taxe serait "destinée à combler le fossé entre les carburants fossiles utilisés par les navires aujourd'hui et les alternatives plus écologiques qui sont actuellement plus coûteuses".

L'armateur danois exhorte le régulateur mondial à se doter dès 2025 d'un mécanisme démarrant à environ 50 dollars qui augmenterait progressivement pour au minimum tripler au cours des années suivantes. Bien qu'il soit lui-même gros consommateur de combustible marin, Maersk pousse à une politique ambitieuse en la matière et juge que l'OMI ne va pas assez vite dans ses régulations.

"Un impact énorme sur la transition vers des carburants plus écologiques"

Cette proposition intervient alors que l'Organisation maritime internationale (OMI), qui dépend des Nations unies, se réunit mi-juin à Londres et doit notamment se pencher sur les objectifs de réduction des émissions du transport maritime. L'agence de l'ONU avait signé le 13 avril 2018 un engagement de réduction de 50 % des émissions de CO2 de la flotte mondiale d'ici 2050 par rapport au niveau de 2008.

Un transport plus onéreux

À propos d'un éventuel renchérissement du coût du transport et de celui des biens pour le consommateur final, Søren Skou estime qu'au regard des économies d'échelles réalisées dans son secteur de la ligne régulière, "le prix d'une paire de baskets n'augmenterait que de quelques centimes". Dans son idée, les sommes ainsi prélevées seraient employé pour subventionner les carburants propres et soutenir les pays en voie de développement "dont le soutien est important au niveau OMI".

Cependant, pour Maersk l'application d'une telle taxe nécessiterait que les États du pavillon rendent des comptes et que "la collecte de données par l'OMI ne soit pas laissée de côté comme ça a été le cas pour la limite de 0,5 % de soufre dans les carburants marins (OMI 2020)". Si la taxe était mise en œuvre, le patron de Maersk s'attend à ce que cette mesure ait "un impact énorme sur la transition vers des carburants plus écologiques" allant jusqu'à affecter la consommation mondiale de pétrole.

Leader mondial engagé

Une fois encore, on ne peut qu'être interpellé par la taille de l'acteur qui prend cette position forte. Son poids a de quoi susciter un élan parmi les armateurs les plus en vue et faire pencher les discussions internationales vers une accélération de la transformation énergétique du shipping alors que les opérateurs sont généralement les plus réticents au changement.

Maersk emploie plus de 80.000 personnes, concentre à lui seul 16,8 % de la capacité mondiale (soit 4,12 millions d'EVP) et exploite en propriété ou en affrètement plus de 700 porte-conteneurs. Le groupe a été le premier à annoncer son intention de devenir neutre en carbone à l'horizon 2050. Et il a déjà entraîné certains de ses concurrents dans son sillage sur la route de la décarbonation.

Maersk a rapporté une baisse de près de 42 % de ses émissions en 2020. En février, la compagnie danoise avait annoncé le lancement en 2023 de son premier navire propulsé au bio-méthanol, présenté comme "neutre en carbone", avec sept ans d'avance sur le calendrier initial. Maersk a déjà annoncé que tous ses futurs navires neufs devront pouvoir fonctionner avec des carburants neutres en carbone, ou avec du VLSFO (fuel à faible teneur en soufre) classique.

Le transport maritime qui émet environ 940 millions de tonnes de CO2 par an, soit 2,5 % des émissions mondiales selon l'OMI, utilise également les carburants les plus polluants, comme le fuel lourd. Maersk estime que les quelque 70.000 navires marchands opérant dans le monde consomment près de 300 millions de tonnes de fuel chaque année.