Marseille-Fos comme substitut pour les paquebots sans port

Sur fond de désorganisation et de défiance internationales dues à l'épidémie de Covid-19, deux paquebots de Costa en provenance d'Amérique ont été acceptés à Marseille pour y débarquer une partie de leurs passagers. D'autres pourraient suivre.

Le port de Marseille-Fos a servi de solution de repli à deux nouveaux paquebots. Après l'"AidaSol" la semaine précédente, il a accueilli successivement jeudi 19 mars le "Costa Luminosa" et le "Costa Pacifica", dont les autorités espagnoles n'ont pas voulu, même pour récupérer leurs propres ressortissants. Dans les deux cas, Marseille ne figurait pas sur l'itinéraire de la croisière.
Le premier a dû faire face à la présence du Covid-19 à son bord puisqu'il avait dû débarquer au moins trois personnes atteintes du nouveau coronavirus, à Porto Rico et à Tenerife, aux îles Canaries.
Le paquebot de l'armateur Costa Croisières avait quitté Fort Lauderdale, en Floride, le 5 mars, soit huit jours avant la décision de la compagnie de suspendre toutes ses croisières jusqu'à début avril. Il devait achever son voyage à Venise.

Des cas à bord du "Luminosa"

Autorisé par la France à accoster en fin de matinée, il a pu débarquer entre jeudi et vendredi ses 187 passagers français et 452 autres, notamment des Américains. Au préalable, les autorités sanitaires (l'Agence régionale de santé Paca), avec l'aide des Marins-pompiers de Marseille, avaient contrôlé les passagers souffrants ou ayant côtoyé des personnes atteintes du Covid-19 ou soupçonnées de l'être. De son côté, la compagnie s'était assurée que chacun disposait d'une réservation de transport en vue de son rapatriement.

"Nous recevons des demandes d'escale"

Selon Jean-François Suhas, président du Club de la croisière Marseille-Provence et du Conseil de développement du port, "le navire n'était pas plein, ce qui a permis de confiner les passagers pendant la traversée en les répartissant dans des cabines avec balcon". Le "Costa Luminosa" est arrivé en France avec 1.421 passagers (sur 2.260 possibles) et 850 membres d'équipage. Il est censé appareiller vendredi 20 mars pour terminer son périple dans le port italien de Savone.

Le "Pacifica" en coup de vent

Le cas du "Costa Pacifica", qui s'est à son tour amarré au môle Léon-Gourret jeudi après-midi, après quelques heures d'hésitations de la part des autorités, est différent. Aucun cas ni suspicion de cas ne s'est présenté à bord. "La situation sanitaire est normale pour le 'Costa Pacifica', qui attend son tour pour débarquer ses passagers", assurait vendredi matin l'armateur.
L'avitaillement en eau potable a été la raison invoquée par la compagnie et les autorités françaises pour justifier l'escale. Le paquebot en provenance d'Amérique du Sud était occupé par 2.513 croisiéristes, dont une majorité d'Argentins et de Brésiliens, mais aussi des Italiens, Espagnols et Britanniques. À la différence du "Luminosa", la France n'a permis ici qu'à 137 de ses nationaux de mettre pied à terre à Marseille, à la demande de ces derniers. Après les contrôles douaniers d'usage, ils se sont vu remettre des masques et des attestations de déplacement dérogatoire, a précisé la préfecture de la région Provence-Alpes Côte d'Azur. Le "Costa Pacifica" est ensuite reparti de Marseille vendredi en début d'après-midi.
Le navire débarquera tous ses autres passagers samedi 21 mars à Gênes, d'où le croisiériste se chargera du rapatriement de ses clients, leur assurant un retour en toute sécurité. "Une fois débarqués, les passagers seront accompagnés jusqu’à leur vol et transferts, organisés par Costa à travers un cordon sanitaire d'isolement", précise l'armement.

D'autres candidats à attendre

Avec MSC Croisières, la compagnie italienne du groupe Carnival est l'un des deux principaux clients et actionnaires du terminal dédié du port phocéen, le Marseille-Provence Cruise Terminal (MPCT).
Dans un contexte international qui se tend d'heure en heure et exacerbe les réflexes nationalistes, il est probable que la question de l'accueil de paquebots se posera de nouveau avant la fin de la crise sanitaire. "Nous recevons des demandes d'escale, a confirmé la direction du GPMM. Il reviendra aux autorités de les accepter ou pas".
Une quinzaine de paquebots seraient encore en mer dans le monde, certains en cours de repositionnement et donc sans passagers. Or, la question du rapatriement se pose aussi pour les équipages.