Marseille : avis de tempête sur la DSP corse

La situation se tend sur la desserte de la Corse depuis le port de Marseille. Dépossédée de presque toutes ses lignes de DSP au profit de son ancienne partenaire Corsica Linea, La Méridionale tente de sauver ce qu'il lui reste jusqu'à l'énorme appel d'offres de l'année prochaine.

La dernière délégation de service public (DSP) en date concernant la desserte maritime entre Marseille et la Corse a pris effet au 1er octobre. Elle a laissé un grand vide du côté de La Méridionale, évincée de la continuité territoriale vers les ports principaux d'Ajaccio et de Bastia, ainsi que de celui de L'Île-Rousse.
Le déroulement à rebondissements de son attribution a créé un casse-tête pour les dirigeants de la compagnie bleue et blanche. Il a causé aussi une grande tension entre les deux ex-partenaires désormais rivaux, leurs salariés et les institutions publiques corses.
Cette DSP, dite cette fois "de raccordement", d'une durée de 15 mois, court jusqu'au 31 décembre 2020. Elle est normalement la dernière avant le grand saut, un contrat censé verrouiller pour dix ans la desserte maritime des cinq ports corses.
L'appel d'offres ayant été déclaré partiellement infructueux par l'Office des transports de la Corse (OTC), la DSP précédente ("de transition") a été prolongée de quatre mois pour les deux lignes touchant le Sud de l'île. La Méridionale a ainsi conservé la ligne vers Propriano, qu'elle opère à l'aide du "Kalliste", tandis que le ropax "Piana" de la compagnie marseillaise a été affrété par Corsica Linea pour assurer la liaison avec Porto-Vecchio, une situation qui fait grincer de nombreuses dents au sein de son armement d'origine. Les nouvelles offres déposées début septembre doivent être examinées fin novembre pour une application début février, ce qui donnera une DSP de onze mois pour ces deux ports.

Les syndicats accusent l'OTC de favoritisme

La nervosité est encore montée d'un cran fin octobre, lorsque l'OTC a autorisé la compagnie corse à déplacer le navire amiral de La Méridionale sur la desserte de L'Île-Rousse suite à une avarie moteur survenue sur son "Vizzavona". En réaction, les marins de La Méridionale (CGT et Syndicat des travailleurs corses) ont bloqué le "Piana" dans le port de Marseille du 28 au 30 octobre.
Les syndicats reprochent à l'OTC de laisser Corsica Linea s'affranchir de certaines obligations de la DSP, en n'assurant que "deux liaisons hebdomadaires avec L'Île-Rousse au lieu de trois" et surtout en remplaçant le navire initialement prévu par le contrat. Le syndicat dit avoir fait constater ce fait par un huissier.

"La Méridionale a bénéficié de la même possibilité dans le cadre d’arrêts techniques"

Au sein de la compagnie marseillaise, on s'interroge sur cette "largesse" laissée à la compagnie détenue par des transporteurs et chargeurs de l'île de Beauté alors que La Méridionale avait été éconduite lors du précédent appel d'offres notamment pour avoir voulu substituer sur la desserte de Bastia le "Stena Egeria", dont le contrat d'affrètement avait été annulé au dernier moment, par le "Liverpool Seaways" finalement acheté.

Une année cruciale pour La Méridionale

Offusqués, les agents de l’Office des transports ont répondu aux marins de La Méridionale que "ces accusations (…) traduisent une méconnaissance évidente des clauses de ces contrats". Selon eux, ces dernières "permettent aux compagnies délégataires de recourir temporairement, en cas d’indisponibilité de l’outil naval affecté à une ligne, à d’autres navires". Ils affirment que, "dans un passé très récent, La Méridionale a bénéficié et usé de la même possibilité dans le cadre d’arrêts techniques programmés ou d’avaries survenues sur ses navires".
Le directeur général de Corsica Linea, Pierre-Antoine Villanova, s'est défendu lui aussi en précisant qu'il existe une distinction entre les phases d'appel d'offres qui nécessitent de s'adapter aux aléas afin de continuer d'assurer le service.
Les prochains mois seront cruciaux pour la desserte de la Corse. Le groupe Stef, maison mère de La Méridionale, a annoncé qu'il couvrira sa filiale dépossédée des deux principales lignes jusqu'au terme de la DSP actuelle. Il ne pourra le faire si la compagnie perd l'appel d'offres pour la prochaine décennie. Et dans le cas d'un revers pour Propriano et Porto-Vecchio à la fin du mois ? Inquiets, les syndicats doutent de plus en plus de la capacité de la direction à reprendre le fil et à sauver de la catastrophe la compagnie et ses 500 salariés.