MedPorts Forum : la Méditerranée se projette dans un schéma redimensionné

En organisant la seconde édition du MedPorts Forum, les ports de Méditerranée ont assuré leur promotion dans le transport maritime mondial. Ils se sont projetés sur des axes Nord-Sud et Est-Ouest en songeant aux gisements de trafic que recèlent l'Afrique subsaharienne et l'Asie, avec les nouvelles routes de la soie (Obor).

La création de MedPorts association, le 8 février à Marseille, regroupant une vingtaine de ports méditerranéens, a constitué l'élément phare d'un second MedPorts Forum, organisé à Marseille les 7 et 8 février derniers.
Celui-ci a permis de mettre en commun une stratégie de développement. La première partie des échanges aura donné aux ports de l'Europe du Sud l'occasion de réaffirmer leur vocation de "gateways" vis-à-vis des ports du continent africain.

© Vincent Calabrèse
Car l'Afrique subsaharienne constitue toujours un gisement de trafic pour les ports méditerranéens. Reprenant les chiffres 2016 de CTS, Paul Tourret, directeur de l'Isemar, a indiqué que les flux conteneurisés en provenance d'Europe du Nord sur l'Afrique de l'Ouest ont représenté plus du double de ceux expédiés par les ports de Méditerranée occidentale et de Méditerranée orientale. Ainsi, l'Afrique de l'Ouest a importé 567.000 EVP nord-européens contre 275.000 EVP ouest-méditerranéens et 158.000 EVP est-méditerranéens.
En Afrique du Sud, le marché est largement dominé par l'Europe du Nord puisque 346.000 EVP ont été importés en provenance de ces ports. En revanche, 75.000 EVP ont été enregistrés en sortie de Méditerranée occidentale et 40.000 EVP seulement sont arrivés en provenance de Méditerranée orientale.

"Le Maghreb, une nouvelle porte de l'Afrique subsaharienne"

Pour les portuaires d'Afrique du Nord, c'est le Maghreb qui doit jouer un véritable rôle d'interface vis-à-vis de l'Afrique subsaharienne. Les Tunisiens sont convaincus que "la Méditerranée doit être la porte de l'Afrique". Ils soulignent en outre l'existence d'un service de ligne régulière quotidien entre la Tunisie et Marseille.
Pour le Marocain Mustapha El Khayat, président de l'Amlog, "des efforts ont été faits au Maghreb et en Égypte. Mais des problèmes d'infrastructures subsistent toutefois". Selon lui, au plan routier, "des solutions ont été proposées mais il reste des efforts à faire en matière de fluidité". Au plan ferroviaire, le Royaume chérifien a créé une agence. Et d'ajouter : "Des efforts ont été faits en matière de formalités douanières mais il reste à en fournir. Un programme de dématérialisation totale a été annoncé en février 2017 au Maroc". En somme, le Maghreb présente encore des carences pour devenir le "gateway" méditerranéen de l'Afrique.
Autre piste de redimensionnement pour les ports méditerranéens à l'échelle mondiale, l'axe Est-Ouest. Les nouvelles routes de la soie constituent une autre opportunité de développement. Le projet "one belt, one road" (Obor ou belt and road), l'initiative lancée par la Chine, est coordonnée à "la stratégie du made in China 2025".

"Le belt and road, une stratégie coordonnée au made in China 2025"

Après avoir rappelé les investissements de l'armateur chinois Cosco dans les ports méditerranéens, le directeur de Cooperans-OborEurope, Sébastien Goulard, explique : "L'objectif (de l'Empire du milieu) est d'exporter des produits innovants, ses normes et ses standards. La croissance ralentit (…) Le pays traverse un changement industriel. Il y a d'autres pays traversés par le belt and road qui subissent des changements". Et d'ajouter : "Toutes les provinces chinoises ont décidé de s'y connecter".
Évoquant l'évolution de l'économie africaine, le consultant estime que l'Éthiopie, par exemple, a connu en 2016 une croissance de 7,6 %. Selon lui, cette nation fait partie des cinq premiers pays d'Afrique en termes d'investissements directs étrangers (IDE). Il explique que le groupe chinois China Merchants et des actionnaires de la région de Dalian (Nord de la Chine) ont pris des participations dans le port de Djibouti.
À Marseille, la présidente du directoire du Grand Port maritime, Christine Cabau-Woehrel, souffle : "Nous, les ports méditerranéens, nous devons nous intégrer dans un rôle sans cesse en mouvement". Que ce soit sur l'axe Nord-Sud ou Est-Ouest, les membres de l'association MedPorts devraient se rencontrer régulièrement pour se tenir au courant des nouvelles opportunités de développement.