Mille milliards d’euros de coûts externes liés aux transports !

Outil de régulation au service de la tarification, la notion des coûts externes liés aux transports divise et varie selon les périmètres couverts. Malgré cette difficulté, la Commission européenne s’est livrée à une évaluation des coûts externes et les chiffrent à près de 1.000 milliards d’euros en Europe.

Au début de l’été, la Commission européenne a rendu publique sa dernière évaluation des coûts externes liés aux transports dans l’Union. Son rapport de 300 pages couvre tous les modes – route, fer, fluvial, mer et air – selon une analyse globale et par État membre distinguant différents milieux (urbain, interurbain, rural) ainsi que les transports de marchandises et de passagers. Les externalités comptabilisées sont les accidents, la pollution de l’air, le changement climatique, le bruit, la congestion (uniquement pour la route), les émissions du puits au réservoir et la dégradation des habitats naturels.
Sur cette base, les coûts externes liés aux transports s’élèveraient à 987 milliards d’euros soit 6,6 % du PIB de l’UE à 28. Sur ce volume, 70 % relève du trafic voyageurs et 30 % du fret, véhicules utilitaires compris (20 % sans). Sur ce volume toujours, la route occupe le rôle principal avec près de 83 %, suivie par le maritime (10 %), l’aérien (5 %), le rail (2 %) et la voie d’eau (0,3 %). Par externalité, les coûts liés aux accidents arrivent en tête à 29 % devant la congestion (27 %) tandis que l’ensemble des paramètres environnementaux totalisent 44 %. L’approche par État membre montre que la France totaliserait 111 milliards d’euros de coûts externes, soit 5,5 % de son PIB, générés à plus de 98 % par la route. Sur 28 pays, le Luxembourg et le Portugal seraient les mauvais élèves avec des coûts externes atteignant 7,5 % et 7,2 % de leur PIB et le Danemark le premier de la classe avec 4,1 %.

Focus "fret"

La Commission détaille également la ventilation des coûts externes dans le transport de marchandises en dissociant les transports terrestres, voie d’eau comprise, le maritime et l’aérien. Utilitaires inclus, les modes terrestres cumulent 204 milliards d’euros. Plus de 58 % de ce volume provient des utilitaires devant les poids lourds (38 %), le fret ferroviaire (2,5 %) et le fluvial (1,5 %). Compte tenu de la part importante des marchandises placées en soute, le rapport ne distingue pas la part des coûts externes spécifique au fret aérien. De la même façon, le caractère international du maritime conjuguant short-sea et deep-sea tend à fausser ses coûts externes dans l’Union évalués, néanmoins, à 98 milliards d’euros.

Analyse de TDIE

Un autre chapitre du rapport de la Commission vise à déterminer le taux de couverture des transports au regard de ses externalités. Selon ses calculs, les recettes totales issues des taxes et droits appliqués aux transports, tous modes confondus, s’élèveraient à 370 milliards d’euros, soit un taux de couverture de l’ordre de 38 %.

"La France totaliserait 111 milliards d’euros de coûts externes, soit 5,5 % de son PIB"

Dans une note parue en juillet, TDIE a commenté les approches et les résultats de ce rapport. Le "think tank" rappelle tout d’abord que la notion des coûts externes est "complexe" laissant du coup une marge d’interprétation dans la pondération et le choix de ses paramètres. À ce titre, TDIE s’étonne de la part importante allouée à la congestion par rapport aux critères environnementaux sous-entendant que, pour réduire les coûts externes, il suffirait de construire de nouvelles infrastructures. L’association regrette aussi que les bénéfices économiques et sociaux des transports, comme ses emplois, n’apparaissent pas dans l’étude et que la question de l’internalisation soit insuffisamment abordée. Au-delà, TDIE salue le travail effectué et déplore que le projet de loi d’orientation des mobilités (Lom) n’ait pas intégré les coûts externes liés aux transports dans sa démarche.