Ouest lyonnais : la suspension d’une ligne de fret pousse 9.000 camions sur les routes

Fin décembre, la ligne de fret permettant de rejoindre Courzieu à Sain-Bel a été suspendue par SNCF Réseau. En ce début 2020, certains acteurs locaux craignent que ceci ne conduise à une fermeture définitive de la ligne. Cela entraînerait un report modal de 9.000 camions sur une RN89 déjà saturée.

Est-ce la fin d’une ligne consacrée au fret dans l’Ouest lyonnais ? Fin décembre, SNCF Réseau a suspendu sa ligne permettant de relier Sain-Bel à Courzieu. En cause ? Sa vétusté, indique la SNCF : "Le nombre d’interventions de maintenance curative sur cette dernière était en augmentation".
Lancée en 1876, utilisée jusqu’en 1955 pour le transport de voyageurs, cette ligne est depuis dédiée au transport de marchandises. Dans le pays de l’Arbresle, elle était utilisée par les carrières Lafarge de la Patte. Environ deux trains par semaine circulaient sur ses rails pour un tonnage moyen transporté de 70.000 tonnes par an. Un nombre qui ne cessait de baisser depuis plusieurs années du fait des difficultés connues par la ligne.
Une situation qui préoccupe le député Thomas Gassilloud (LR). Lors d’une intervention à l’Assemblée nationale le 11 décembre, l’élu de la 10e circonscription du Rhône s’est inquiété des conséquences de cette fermeture pour la circulation dans la région de la Brévenne. D’après ses calculs, entre les allers et retours aux carrières, elle va renvoyer "9.000 camions par an" sur les routes. "Alors que l’ancienne RN89 est déjà largement congestionnée aux heures de pointe notamment pour traverser la ville de l’Arbresle, commente le député. De plus, si la livraison commence par camion, elle se terminera par camion". Autant dire que les marchandises feront toute la route en camion. Il n’y aura plus de liaison ferroviaire entre l’entreprise et le réseau ferroviaire.

Une suspension… définitive ?

Une inquiétude accentuée par la crainte de voir cette ligne suspendue rester fermée définitivement. D’après le site Médiacités, les coûts élevés des travaux pourraient compromettre une réouverture.13,75 millions d’euros seraient nécessaires, d’après des calculs opérés en 2019 par SNCF Réseau. Or, l’enveloppe allouée par l’État pour les réparations du réseau fret s’élève à 10 millions d’euros sur l’ensemble du pays. Une donnée qui ne change pas la position de SNCF Réseau. Elle assure que la ligne n’est que "suspendue".

"13,75 M EUR sont nécessaires, or l’enveloppe nationale du réseau fret s’élève à 10 M EUR"

Pour veiller à sa réouverture, le collectif "Gardons la ligne" s’est créé en 2019. Une pétition signée par 7.000 personnes circule actuellement. "Une fermeture définitive serait catastrophique et en contradiction totale avec les impératifs écologiques, avec l’activité économique ainsi que les besoins des habitants qui se sentent littéralement abandonnés", indique-t-elle. Elle demande également une prolongation de la ligne voyageur Lyon-Sain-Bel pour alimenter le reste du secteur de la Brévenne "une région en développement", indique le collectif.

"Un bouclage financier en cours"

Sur 2018 et 2019, des réunions entre la région, l’État et les élus locaux ont eu lieu. Pour l’heure, SNCF Réseau se veut prudent : "Un bouclage financier est en cours avec les partenaires pour permettre la réalisation des travaux. La planification des travaux pourra se faire à partir du moment où le tour de table financier sera bouclé. SNCF Réseau étudiera alors la meilleure façon pour dégager les ressources nécessaires à la réalisation des travaux, sachant que le plan de charge est aujourd’hui contraint (nombreux travaux en cours et à venir sur le périmètre régional)".
Lors des derniers échanges, la région Auvergne-Rhône-Alpes a envisagé une participation financière de 5 millions d’euros. La participation des autres acteurs, notamment de l’État, n’est pas arrêtée. De son côté, le député Thomas Gassilloud espère des avancées rapides. Dans son allocution, il rappelle que le granulat transporté par ces trains sert… à la SNCF.