Piraterie : plus d'actes mais moins graves depuis le début de l'année

Le nombre d'actes liés à la piraterie maritime a augmenté en 2018 d'après le Bureau maritime international, même si le nombre d'incidents sérieux semble en recul. Le golfe de Guinée reste le haut lieu de la piraterie mondiale.

Le Bureau maritime international (BMI) de la Chambre de commerce internationale (ICC) a dénombré 156 actes de piraterie et vols à main armée au cours des neuf premiers mois de 2018. La tendance est à la hausse, comparé aux 121 incidents de 2017 (+ 29 %) après plusieurs années de décrue.
Dans le détail, le Centre de signalement de la piraterie (Piracy Reporting Centre, PRC) du BMI a noté un plus grand nombre d'abordages (107 contre 92 en 2017) et plus de tentatives infructueuses (32, soit le triple de l'année précédente). Le nombre de navires ayant subi des coups de feu est resté stable, tandis que celui des détournements a diminué de cinq à quatre.
Le BMI se félicite de n'avoir pas constaté ce type de forfait au deuxième et au troisième trimestre, "c'est la première fois depuis 1994 qu'aucun détournement n'est rapporté au cours de deux trimestres consécutifs".
Pour autant, les conséquences humaines de ces attaques se sont aggravées puisque 112 membres d'équipages étaient retenus en otage fin septembre 2018, contre 80 un an plus tôt (+ 40 %). Sur la période, le nombre d'enlèvement a tout de même sensiblement diminué sur les neuf premiers mois de l'année, de 49 à 39. Le nombre de blessés est, lui, passé de trois à six.
Pour Pottengal Mukundan, le directeur du BMI, "même si nous devons nous féliciter du record du plus bas nombre de navires détournés, les actes de piraterie maritime et les vols à main armée restent courants. L'ICC exhorte les gouvernements à mettre à profit les données fournies par le Piracy Reporting Centre pour concentrer les moyens sur ces points chauds".

L'Afrique de l'Ouest toujours problématique

La répartition géographique est toujours aussi inégale. L'ensemble de l'Afrique a totalisé 64 incidents au cours des trois premiers trimestres. Le BMI, qui distingue désormais les vols à main armée à bord de navires et les actes de piraterie, a comptabilisé sur 156 incidents 30 attaques pirates, dont 27 en Afrique et trois en Asie.
Depuis la mise sous l'éteignoir de la piraterie d'origine somalienne dans et autour du golfe d'Aden (aucun acte cette année), la zone qui concentre le plus d'attaques est le golfe de Guinée, le long de la côte ouest-africaine.
La région a été le théâtre de 57 incidents sur les 156 répertoriés dans le monde entre janvier et septembre 2018. La plupart d'entre eux (41) se sont déroulés dans les eaux du Nigeria, même si "la marine nigériane a répondu activement et rapidement déployé des navires de patrouille lorsque des incidents ont été signalés", précise le PRC.

"Surtout des vols opportunistes de bas niveau"

Presque tous les kidnappings de membres d'équipages survenus dans le monde ont été perpétrés dans cette zone : 37 sur 39, au cours de sept attaques différentes. Vingt-neuf marins ont été enlevés au Nigeria lors de quatre attaques. Les douze du vraquier suisse "Glarus" capturés au large de l'île de Bonny le 22 septembre ont été libérés fin octobre, quelques jours avant l'enlèvement de onze marins sur le porte-conteneurs "Pomerenia Sky".
Le BMI relève également une recrudescence du nombre d'abordages de navires dans la zone de mouillage du port de Takoradi, au Ghana. Ce pays a été le lieu de huit attaques sur la période.

Observer pour mieux combattre

"En comparaison, dans les autres régions du monde, les attaques de pirates et vols à main armée sont rares", estime le PRC. Pourtant, 53 actes ont été relevés en Extrême-Orient, 25 en Amérique du Sud et 14 près du sous-continent indien.
C'est l'Indonésie qui occupe toujours la tête de ce classement en Asie, avec 31 incidents répertoriés. Ici, la quasi-totalité des actes concerne des navires au mouillage (27). À l'échelle mondiale, ce sont 112 des 156 navires attaqués qui étaient à l'ancre ou à quai au moment des faits. Le Bangladesh (11), la Malaisie (9) et le Venezuela (8) sont les pays non-africains les plus touchés après l'Indonésie.
Pour le centre de la piraterie, les incidents rapportés hors d'Afrique "se bornent à des vols opportunistes de bas niveau". Pour autant, "le BMI continue d'encourager tous les commandants et membres d'équipages à garder à l'esprit les risques et à rapporter tout incident à la permanence du PRC, assurée 24 heures sur 24". L'organisation rappelle qu'elle relaie dans des délais très courts toute déclaration d'incident reçue de la part des navigants, ainsi que ses statistiques, vers toutes les parties compétentes dans la lutte contre la piraterie. "Cette première étape est vitale pour s'assurer que les ressources adéquates sont allouées par les autorités", insiste-t-elle.