Port de Strasbourg : les basses eaux font chuter le trafic

À cause de plusieurs mois de très faible débit du Rhin, le trafic du port de Strasbourg est tombé à son plus bas niveau depuis cinquante ans. Mais l’établissement garde le cap des investissements pour assurer le rebond.

La juxtaposition de deux chiffres illustre toute la singularité de 2018 au port de Strasbourg : 67.740 et 65.978. Le premier mesure en EVP la manutention de conteneurs ferroviaires l’an dernier, le second celle des conteneurs fluviaux. Pour la première fois, la voie ferrée l’a emporté sur la voie d’eau, ce qui montre l’ampleur du phénomène de basses eaux caractéristique de l’exercice 2018. L’intermodalité a pleinement joué son rôle en organisant des reports, pas au point toutefois de compenser l’effet du déficit d’eau. Le trafic des conteneurs a baissé de 14,4 % au cumul des modes pour atteindre 360.300 EVP, en conséquence de l’importante chute en fluvial (- 38,1 %), d’un recul de la route de 12 % et malgré une montée de 18,9 % du ferroviaire.
La situation dans le vrac est similaire. Environ 650.000 tonnes ont pu être basculées sur le réseau ferré portuaire, mais le recul total qui était craint s’est bien produit : - 26,4 % sur un an, pour un total de 5,88 millions de tonnes qui est tout simplement "le trafic le plus bas depuis plus d’un demi-siècle", souligne le Port autonome. Les périodes de basses eaux ont commencé au milieu de l’année pour ne pratiquement plus s’interrompre jusqu’à début décembre, entraînant des sous-chargements récurrents voire parfois l’impossibilité même de naviguer.

"Le trafic le plus bas depuis plus d’un demi-siècle"

Dans ce contexte, la quasi-totalité des postes de marchandises affiche un recul : - 24,6 % pour les graviers situés à 2,7 millions de tonnes, - 13,2 % pour les céréales (1,07 million de tonnes), - 34,5 % pour les objets manufacturés (635.700 tonnes) et - 45,9 % pour les produits pétroliers où s’ajoute une moindre demande (729.000 tonnes transportées l’an dernier). Deux transports font exception : les ferrailles et autres déchets métallurgiques en légère hausse de 3 % à 163.900 tonnes et les produits chimiques qui grimpent de 12 % (total 216.300 tonnes).

Le nouveau siège en chantier

Pour autant, l’établissement public strasbourgeois maintient le cap des investissements pour préparer l’avenir. Trois chantiers sortent du lot au titre de 2018 : la réfection du pont tournant ferroviaire datant de 1925 le long du quai Jacoutot pour 850.000 euros ; le réaménagement de la rue du port du Rhin (4 millions d’euros) pour en faire le lieu d’interconnexion entre la zone portuaire et la ville ; pour 690.000 euros, une extension de 2,3 km de piste cyclable. Sans compter l’aménagement achevé du terminal multimodal à Lauterbourg, dont l’appel à concession pour son exploitation a été lancé en décembre dernier.
La nouvelle année sera celle de la construction du nouveau siège près de la capitainerie. Elle représente un budget de 8,8 millions d’euros. La traditionnelle cérémonie des vœux, tenue mardi, a d’ailleurs coïncidé avec la pose de la première pierre du bâtiment de 2.800 m2, dans lequel les équipes déménageront dans un an. En quittant le siège centenaire de la rue de la Nuée-bleue, le Port autonome ne signifie pas son intention de se désolidariser des enjeux urbains. Au contraire : il se réimplante au milieu de la transformation de ses friches que représente le projet Deux-Rives. "Tout à la fois, le port affirme sa présence, renforce sa visibilité, rapproche son siège des activités portuaires et s’inscrit en synergie avec les évolutions urbaines à venir du secteur", rappelle sa présidente, Catherine Trautmann.