Quels impacts auront les accords "Climat" sur le shipping ?

Face aux échéances fixées par l’accord de Paris sur le changement climatique, le cabinet Maritime Strategies International appelle les investisseurs du shipping mondial à la prudence et à procéder à une sélection plus rigoureuse des projets et navires à financer.

Le respect de la trajectoire mondiale des émissions de gaz à effet de serre prévue par l’accord de Paris suppose une transition énergétique qui aurait pour conséquence une diminution sensible de la consommation des combustibles fossiles. C’est sur la base de cette projection que le cabinet de conseil Maritime Strategies International (MSI) a évalué son impact sur le transport maritime des produits pétroliers, de gaz naturel liquéfié et du charbon ainsi que sur les établissements financiers qui supportent ces filières. Estimant à 40 % les tonnages mondiaux transportés par mer concernés, le rapport conclut que la transition énergétique vers les énergies renouvelables expose les investisseurs et armements spécialisés ainsi qu’une série de ports, dont le trafic est majoritairement composé d’hydrocarbures et de charbon, à des risques financiers importants.

Le marché des pétroliers le plus exposé

Pour justifier cette conclusion, MSI a analysé plusieurs facteurs dont la durée de vie économique des flottes concernées. Sous l’effet d’une contraction de la demande de transport de combustibles fossiles, les navires pétroliers seront, selon le rapport, confrontés à une baisse de leurs taux d’utilisation et donc à une chute des recettes générées par ce type d’actifs. Dans cette hypothèse, les pétroliers construits aujourd’hui auraient une durée de vie économique de dix à quinze ans seulement ; le potentiel des biocarburants étant jugé insuffisant pour devenir un relais de croissance.

"vers une baisse sensible du transport maritime des combustibles fossiles"

Avec des possibilités de substitution dans les cargaisons traitées, les vraquiers destinés au transport de charbon seraient également impactés par un ralentissement de la demande menaçant, là encore, le retour sur investissement des financiers. Selon MSI, la valeur des vraquiers secs pourrait perdre 50 % d’ici 2030 ! Ces estimations tiennent compte d’une réduction de la consommation de charbon de 80 % entre 2030 et 2050, et de moitié pour les produits pétroliers tandis que celle du GNL augmenterait avant de se stabiliser et de reculer.

Réorienter les investissements

Face à ces risques, MSI invite les établissements finançant le transport maritime à cibler davantage leurs investissements en faveur de flottes à l’efficacité énergétique prouvée. En tenant compte de cette condition, le cabinet identifie en outre plusieurs segments du transport maritime appelés à se développer au cours des prochaines décennies. Parmi eux, il cite la filière conteneurisée et les navires citernes destinés aux produits chimiques. Conscientes de ces enjeux, onze banques internationales ont déjà défini un nouveau cadre d’évaluation afin de favoriser le financement de projets maritimes contribuant à l’atteinte des objectifs environnementaux de la filière.