Renvoi du procès de Bourbon pour corruption
Le procès du groupe armatorial Bourbon et de huit de ses anciens "cols blancs" pour "corruption" d'agents du fisc en Afrique a été une nouvelle fois reporté lundi 10 février par le tribunal correctionnel de Marseille en raison de nombreux vices de procédure. La date du nouveau procès n'a pas été fixée.
Le dossier, qui avait déjà été renvoyé le 18 mars pour les mêmes raisons, fait ainsi état de scellés, notamment de conversations entre les prévenus et leurs avocats, qui avaient pourtant été annulés par la chambre de l'instruction, a expliqué le tribunal.
L'armateur, spécialisé dans les services à l'industrie pétrolière, est poursuivi avec huit de ses anciens cadres, soupçonné d'avoir échappé aux paiement des impôts au Nigeria, en Guinée équatoriale et au Cameroun en soudoyant des agents de recouvrement. En 2011 et 2012, le montant total des pots-de-vin versés par la société, cotée en bourse, est estimé par les enquêteurs à environ 3 millions de dollars.
L'affaire avait été mise au jour par un concours de circonstances. Le 19 octobre 2012, de retour d'un voyage d'affaires au Nigeria, le directeur financier du groupe, Marc Cherqui, avait perdu son bagage et déclaré sa perte à l'aéroport Marseille-Provence. La valise avait été retrouvée et confiée aux douanes, avec quelque 250.000 dollars en liasses de 100 dollars.
"Plus j'attends, plus c'est compliqué. Bourbon a organisé une fraude massive. J'ai une responsabilité, j'ai été un employé servile et j'ai voulu servir mon entreprise qui maintenant se décharge sur moi", a réagi Marc Cherqui lundi, à l'issue de l'audience. "Je refuse de servir de bouc émissaire", a ajouté le prévenu, aujourd'hui au chômage, qui dit "avoir envie de sortir de cette histoire et que justice passe".
Pour l'avocat du groupe Bourbon, Me Louis-Marie de Roux, ce renvoi "démontre que la défense n'a pas été assez prise en compte dans l'instruction" et dénonce une "instruction à charge". Et de défendre : "Nous considérons que Bourbon a toujours payé des impôts en France et à l'étranger".
Confronté à des difficultés financières, le groupe a vu ses actifs cédés en début d'année à la Société phocéenne de participations (SPP), un consortium de banques créancières.
Le tribunal de commerce de Marseille doit bientôt se prononcer sur une éventuelle liquidation judiciaire.