Rhin : le fleuve toujours au plus bas

Le fleuve bat ses records de basses eaux, confirme à son tour la Commission pour la navigation du Rhin. Les taux de chargement des bateaux s’effondrent alors que les prix montent.

À son tour, la "gardienne" de la navigation sur le Rhin est venue confirmer ce que les professionnels pressentaient : le fleuve a atteint ses "niveaux d’eaux historiquement bas". La Commission centrale pour la navigation du Rhin l’a annoncé fin octobre. "Au mieux, les bateaux-citernes et les cargaisons sèches ne peuvent transporter qu’une faible quantité. En raison des niveaux d’eaux critiques dans le secteur entre Bingen et Cologne (Allemagne), la navigation du Rhin inférieur au Rhin supérieur est presque complètement interrompue", observe-t-elle. À la station de Kaub, l’échelle de référence le long du Rhin navigable, le trafic du troisième trimestre affiche un déficit de l’ordre de 6 millions de tonnes par rapport aux précédentes périodes où il se situait, comme d’habitude, autour de 48 millions de tonnes.

"Le taux de fret dans le vrac se situe au quintuple de son indice de référence de 2010"

Dans le vrac, le taux de chargement est tombé à 60 % en sec et 50 % en citerne pour les bateaux de 3 mètres de tirant d’eau. Il s’agit d’une moyenne de juillet à septembre, ce qui signifie qu’avec l’aggravation des dernières semaines, le chiffre a encore diminué, analyse la CCNR. Et dans le conteneur, les professionnels font état de chargements à seulement 25 à 30 % de capacités en ce moment.

Transferts massifs à la route et au rail

La situation tire les prix à la hausse. Le taux de fret dans le vrac se situe au quintuple de son indice de référence de 2010, selon l’évaluation de la CCNR, là encore en moyenne trimestrielle. L’effet multiplicateur est moindre dans le conteneur, il est évalué entre 3 et 4, "mais de tels niveaux sont dissuasifs et entraînent un report quasi généralisé vers la route et le rail", relève Jean-Marc Sabetta, dirigeant de Contargo Sàrl basé sur la rive française du Rhin.
La CCNR observe également ce transfert. Elle jette aussi un œil vers le plus long terme pour s’interroger sur les conséquences structurelles possibles du changement climatique. S’appuyant sur les études de deux autres organisations, la Commission internationale pour la protection du Rhin et la Commission internationale de l’hydrologie du bassin du Rhin, elle prédit une augmentation plus structurelle du débit en période de basses eaux en hiver et sa diminution en été mais dans une ampleur moindre, "de sorte qu’à l’avenir, on peut conclure à une hausse prévisible du débit moyen des basses eaux sur l’intégralité d’une année".