Rhin : repenser la réponse au changement climatique

Une récente conférence-débat à Strasbourg a souligné que la seule modification des infrastructures n’était plus adaptée aux attentes contemporaines pour atténuer l’impact du changement climatique sur la navigation du Rhin.

Le climat change, les réponses doivent changer aussi. Ce message ressort, en substance, de la conférence "Navigation et autres usages du Rhin face aux défis du changement climatique" qu’ont organisé fin juin à Strasbourg la CCI Alsace Eurométropole et le Consortium international pour le développement des voies navigables. Les basses eaux du second semestre 2018 et la conviction qu’elles ne constituent pas un phénomène éphémère ont motivé ce débat entre scientifiques et professionnels de la navigation rhénane.

"Creuser le Rhin n’a pas de sens si le volume d’eau est insuffisant"

Ces derniers n’ont pas nié que la course à un certain gigantisme du matériel constituait un facteur aggravant. "La conteneurisation a modifié la dimension des bateaux. Pour atteindre le point de rentabilité, il leur faut atteindre un enfoncement de 2,60 mètres, or ce niveau est resté rare l’an dernier", rappelle Toni Nicolay, directeur de Haeger & Schmidt Logistics Strasbourg. La réaction classique passe par l’infrastructure : canaliser, creuser un peu plus, agrandir. Mais chacun est convenu qu’elle n’était plus adaptée à l’air du temps : la contestation citoyenne et les procédures administratives y feraient vite obstacle. "Réaménager de façon mesurée est sans doute possible encore, mais recanaliser comme par le passé, non", appuie Jean-Laurent Herrmann, consultant technique en fluvial et ancien dirigeant local du groupe Rhenus. Les scientifiques ont enfoncé le clou, en soulignant les conséquences de modifications d’ampleur à long terme sur l’hydrogéologie et la géomorphologie du fleuve et la qualité de l’eau, pour une efficacité douteuse : "Creuser le Rhin n’a pas de sens si le volume d’eau est insuffisant en rapport, or le changement climatique ne va pas le faire augmenter", a relevé Harald Köhte, membre de la commission internationale de l’hydrologie du bassin rhénan.

Les promesses de la numérisation

Forcément locaux, les aménagements doivent donc s’accompagner d’autres outils. L’adaptation des bateaux en est un, mais de long terme compte tenu du lent renouvellement des flottes. Selon les participants, la numérisation ouvre sans doute des pistes plus immédiates même si beaucoup d’entre elles restent inconnues à ce jour. "La démultiplication des échanges d’information, leur accélération, leur décentralisation permettant un dialogue direct sans passer par une autorité unique : voilà des évolutions qui doivent aider à anticiper, à mieux prévenir, à penser et agir encore plus en multimodal, avec le ferroviaire", prédit Raphaël Wisselmann, directeur territorial adjoint de VNF Strasbourg. Pour les transporteurs, marcher sur ces deux pieds du fluvial et du ferroviaire devient incontournable.
Quoi qu’il en soit, la réponse devra être concertée, entre les différents maillons de la chaîne de transport-logistique et entre les pays. "Les États riverains du Rhin ont su trouver ensemble les réponses aux inondations. Celles aux étiages seront à leur tour collectives, nécessairement", estime Raphaël Wisselmann.