Rouen : les premiers 11 mètres de tirant d’eau ont été reçus

En toute discrétion au milieu de l’été, Rouen a accueilli ses premiers vraquiers céréaliers capables de remonter la Seine avec 11 mètres de tirant d’eau. D’autres capables d’emporter 50.000 tonnes de grains et plus devraient suivre.

La veille de la fête nationale, le "Sakizaya Elegance", vraquier de 229 mètres de long, accostait au terminal MRM de Senalia à Grand-Couronne, en aval de Rouen sur la rive Sud. Représenté par l’agence Provermarine Shipping Agencies, il y chargeait 52.350 tonnes d’orge fourragère à destination de Bandar Khomeini (Iran) et quittait Rouen, sans embûche, avec un tirant d’eau de 11 mètres.
Une première depuis la "presque fin" du programme initié en 2012 par le GPMR pour améliorer les accès maritimes de ses terminaux. "En concertation avec le pilotage de la Seine, nous avons repéré quelques zones restant à traiter, notamment dans les boucles du fleuve. Nos engins de dragage s’y attelleront en régie directe à l’automne", explique Pascal Gabet, président du directoire du GPMR.
Quinze jours plus tard, le "Spar Indus", long de 200 mètres, escalait au terminal QPC de Beuzelin puis chez MRM Senalia pour prendre en charge 45.330 tonnes d’orge. Avec Euro Docks Services comme agent maritime, il quittait Rouen le 1er août pour gagner la Chine après un stop à La Rochelle.

"La Seine-Maritime est le premier département français en termes de rendement"

Faut-il se réjouir de ce début d’été en fanfare ? "Il s’agissait de contrats anticipés", modère Stéphane Ménard, président de la Bourse de commerce de Rouen, ex-directeur de Limagro et désormais responsable de l’une des quatre zones d’Alternae, filiale du nouveau groupe coopératif NatUp. Pour autant, la communauté portuaire rouennaise reste très optimiste après les moissons de l’été 2019, exceptionnelles tant en quantité qu’en qualité.
"Nous sommes passés d’un rendement de 87 quintaux à l’hectare à 102 sur ma zone de référence. La Seine-Maritime est le premier département français en termes de rendement avec une moyenne de 95 quintaux. La faible humidité a engendré des qualités exceptionnelles avec des poids spécifiques (PS) record, jamais vus, jusqu’à 90. Le PS moyen s’établit à 78,5 quand notre principal client, l’Algérie exige 78. Idem pour les taux de protéine qui atteignent 11,8 en moyenne quand l’Algérie demande 11", détaille Stéphane Ménard.

Des conditions climatiques favorables

À l’exception du maïs, toutes les céréales ont bénéficié de conditions climatiques favorables. D’où des clientèles nouvelles par exemple pour l’orge (Iran, Koweït, Arabie saoudite). Un bémol, cette récolte pléthorique, y compris chez les concurrents de la mer Noire notamment, engendre une forte baisse des cours mondiaux.
"Nous sommes passés de 172 euros la tonne de blé à 150, ce qui est proche de nos coûts de revient. D’où une tendance chez nos producteurs à stocker dans les silos en attendant que les cours remontent. Pour autant, nous restons compétitifs et avions anticipé des contrats avec l’Algérie. Et des pays comme le Maroc, victimes d’une récolte calamiteuse, devraient se tourner vers nous", espère Stéphane Ménard, qui se dit "raisonnablement optimiste".
Pour autant, des clients comme l’Égypte et ses cargaisons de 60.000 tonnes restent difficiles à espérer pour les raisons évoquées plus haut, ou alors en complément de cargaison avec Dunkerque.