Strasbourg : le devenir du transit autoroutier inquiète les transporteurs

Le projet de transformation en boulevard urbain "vert" de l’A35 le long de Strasbourg va entraîner une interdiction du transit. Une application trop dogmatique serait un coup très dur pour le transport routier local, alertent les fédérations professionnelles.

L’Eurométropole de Strasbourg a dévoilé début juillet les contours de son projet majeur de "requalification" de l’A35, l’autoroute qui longe de très près l’agglomération. À partir de 2022, cette portion de près de 30 km deviendra un boulevard urbain à vitesse réduite (70 km/h devrait être la norme), partagé entre voitures, camions et bus, et entouré d’espaces verts et de quelques constructions. Sa mutation sera rendue possible par son déclassement que prononcera l’État. "Nous avons l’opportunité unique de créer un grand poumon vert d’agglomération", déclare Robert Herrmann, président de l’Eurométropole. Le projet repose sur le transfert du trafic de transit vers le contournement Ouest de Strasbourg (COS), l’autoroute payante qui entrera en service dans deux ans et demi.
Dans les réactions à ces confirmations plus précises d’une intention affichée de longue date, les professionnels du transport routier ont apporté leur voix sinon discordante, du moins remplie de bémols et d’avertissements. Regrettant des courriers à la collectivité restés sans réponse selon eux, ils s’interrogent prioritairement sur le degré d’interdiction du transit de marchandises, puisqu’il faudra bien continuer à livrer Strasbourg et les communes limitrophes. "Il est primordial de bien définir le terme de transit : celui-ci doit englober l’ensemble des trafics ayant une origine ou une destination dans l’ensemble du territoire de l’Eurométropole et tenir compte du siège social des entreprises", alertent la FNTR Alsace et TLF dans un texte commun.

"Il est primordial de bien définir le terme de transit"

L’autre souci majeur concerne l’accès à la zone du port par le Nord, qui implique d’emprunter l’avenue du Rhin, l’un des débouchés actuels de l’A35. "Interdire aux poids lourds la desserte et la circulation sur l’A35 et sur cette avenue fermerait l’accès Nord actuel et serait de ce fait inconcevable", poursuivent les organisations professionnelles.

Coût économique et écologique

Les détours auront un coût : 70 millions d’euros par an, ont-elles calculé. "Les conséquences peuvent être dramatiques pour les entreprises les plus fragiles, et c’est sans compter le coût écologique des kilomètres supplémentaires", ajoute Martine Bensa, déléguée régionale de la FNTR Alsace.
Par ailleurs, l’ampleur du report vers le COS dépendra du montant de son péage, un sujet qui est encore loin d’être réglé. La FNTR et TLF proposent le principe d’une modulation en fonction des heures très prévisibles d'engorgements de l’A35 et de se baser sur les tarifs de l’écotaxe de l’autoroute allemande voisine.