Un nouveau patron issu du sérail pour la SNCF

Emmanuel Macron a joué la continuité en choisissant Jean-Pierre Farandou, cadre dirigeant de la SNCF, pour succéder à Guillaume Pepy à la tête du groupe ferroviaire public dont il devra achever la transformation.

"Le président de la République envisage, sur proposition du Premier ministre, de nommer Jean-Pierre Farandou en qualité de président du directoire de la SNCF", a annoncé l'Élysée mercredi soir, soulignant qu'Emmanuel Macron avait "vivement remercié" Guillaume Pepy "pour son engagement à la tête de l'entreprise depuis plus de dix ans".
La proposition du président de la République doit être validée par les commissions du développement durable de l'Assemblée nationale et du Sénat, qui auditionneront Jean-Pierre Farandou, puis approuvée en conseil des ministres. La procédure doit en tout durer entre trois semaines et un mois.

Solution interne par défaut

Jean-Pierre Farandou, 62 ans, travaille à la SNCF depuis 1981. Ce proche de Guillaume Pepy est depuis 2012 patron de Keolis, la filiale de transports en commun du groupe.
Son nom est arrivé relativement tard parmi tous ceux qui ont été cités ces derniers mois pour diriger la "nouvelle SNCF" née de la dernière réforme ferroviaire, qui deviendra une société anonyme à capitaux publics le 1er janvier 2020. Lui-même ne s'était pas ouvertement lancé dans la course, handicapé sans doute par son âge qui l'empêchera d'effectuer deux mandats.

"L'exécutif aurait préféré un profil venu de l'extérieur"

"Je suis fier de relever avec vous tous, cheminots et salariés du groupe engagés, ce défi au service de tous les Français qui depuis des décennies nous montrent combien, eux aussi, ils aiment notre entreprise", a-t-il réagi sur le fil de nouvelles internes du groupe.
L'exécutif aurait préféré un profil venu de l'extérieur, mais la complexité de la tâche, l'exigence de la connaissance du domaine ferroviaire et la limitation du salaire à 450.000 euros bruts par an ont semble-t-il compliqué le recrutement. L'Élysée salue son expérience et sa légitimité, sa connaissance approfondie de l'entreprise et son parcours en région, et voit en lui "une personnalité centrale dans le monde des transports".

Rompu aux appels d'offres

Né en juillet 1957 à Talence (Gironde), Jean-Pierre Farandou est diplômé de l'École des mines de Paris. Après avoir débuté sa carrière dans une compagnie minière aux États-Unis, il est entré à la SNCF en 1981 comme chef de gare, avant d'y gravir les échelons comme chef de projet du TGV Paris-Lille, fondateur de Thalys, directeur aux ressources humaines, directeur de la région Rhône-Alpes et de Keolis Lyon et directeur de la branche SNCF Proximités (Île-de-France, TER et Intercités).
Il était depuis août 2012 patron de Keolis, filiale qui a réalisé l'an dernier près de 6 milliards d'euros de chiffre d'affaires (sur 33 milliards pour l'ensemble de la SNCF). Très ouverte sur l'international, Keolis est rompue aux appels d'offres – une expérience qui sera certainement utile avec l'arrivée de la concurrence dans le ferroviaire.
Jean-Pierre Farandou avait failli devenir PDG de SNCF Réseau en 2016, mais sa candidature avait alors été retoquée par l'Arafer car il était jugé trop proche de SNCF Mobilités, la branche qui fait notamment rouler les trains, et dont dépend Keolis. Il était donc resté à la tête de Keolis, Patrick Jeantet – à l'époque numéro 2 d'Aéroports de Paris – prenant celle de SNCF Réseau. Patrick Jeantet avait ouvertement fait acte de candidature pour succéder à Guillaume Pepy aux commandes de la SNCF.
La procédure de nomination du futur président de la SNCF est "transitoire", et elle "sera suivie par une nouvelle procédure, au cours du 1er semestre 2020, une fois la nouvelle architecture de la SNCF mise en place", a précisé l'Élysée mercredi soir.