Un nouveau souffle pour le port de Neuves-Maisons

Une initiative de relance privée ouvre de nouvelles perspectives à l’infrastructure lorraine historiquement liée à la sidérurgie. Dans le sillage du groupe Bétons Feidt, entreprises et collectivités se lancent dans le développement et la diversification du trafic fluvial.

Le port de Neuves-Maisons (Meurthe-et-Moselle) sort de la monoactivité et s’ouvre ainsi de nouveaux horizons. Et c’est à l’initiative privée qu’il le doit. Quelque 50 millions d’euros d’investissements de chargeurs s’implantant sur place ont rencontré une volonté politique locale de développement, pour déclencher une nouvelle gouvernance et de nouveaux trafics, au bénéfice de l’infrastructure historiquement liée à l’usine sidérurgique qui la borde, le long de la Moselle canalisée, au sud de Nancy.
Fin mai, un premier chargement d’engrais solides par Terialis-EMC2 l’a illustré. D’autres nouveaux débouchés sont générés par les céréales, ou encore les matériaux de construction, grâce aux Carrières de l’Est (groupe Colas), à Granulats Vicat et à l’entreprise à l’origine de la nouvelle donne portuaire : Bétons Feidt.

Société ad hoc

Ce groupe familial luxembourgeois qui se montre soucieux de développement durable a dupliqué à Neuves-Maisons la stratégie d’implantation de ses centrales à béton au bord de la voie d’eau, qu’il applique déjà plus au nord de la Moselle. Mais il a aussi poussé plus loin son implication : l’an dernier, il a constitué la société Lorport, devenue exploitante et propriétaire de la partie de la zone portuaire non dédiée à l’aciérie du groupe Riva. Elle a racheté au sidérurgiste les 7 hectares de terrains concernés. Lorport est détenu majoritairement par la famille Feidt, qui a été rejointe par le groupe coopératif agricole In Vivo. "Le capital est ouvert à d’autres investisseurs, de même que les relations commerciales se sont déjà élargies à d’autres chargeurs", souligne Christophe Mendes, directeur de Lorport.

Rééquilibrer vers l’export

Lorport et la communauté de communes Moselle et Madon où se situe Neuves-Maisons évaluent le potentiel de trafic fluvial à 700.000 à 800.000 tonnes par an. "Le développement qui s’est amorcé présente l’intérêt de rééquilibrer les flux, entre entrées et sorties", expose Filipe Pinho, président de l’intercommunalité. En effet, l’activité portuaire se résumait largement à l’acheminement des ferrailles pour Riva. Le sidérurgiste expédie également de l’acier fini vers la mer du Nord mais selon des volumes sans commune mesure. Son recours à la voie d’eau dans ce sens devrait augmenter. Par ailleurs, Les trafics diversifiés seront essentiellement tournés vers l’export.

Transfert modal

Neuves-Maisons entend les capter surtout auprès des industriels des Vosges et de la Haute-Marne. De ce point de vue, la collectivité et Lorport plaident pour une stratégie concertée avec les ports voisins de Toul à l’ouest de l’agglomération nancéienne et de Frouard au nord, de façon à ce que chacun cible les trafics situés sur son axe de desserte naturel, sans déclencher une concurrence génératrice de kilomètres… et d’émissions de CO2 inutiles, par la route. "Notre projet peut retirer 25.000 camions par an de la périphérie de Nancy", calcule Christophe Mendes.