"Un véritable plan Marshall" réclamé pour relancer l'économie maritime

Dans un document intitulé "Happy Blue Days", la communauté maritime et portuaire française, sous l'identité de "Team maritime", présente au gouvernement le bilan des dégâts du Covid-19 sur la filière. Pour la relance du secteur, elle dresse l'inventaire des opportunités que représente l'accélération de la transition écologique.

Alors que la France vient à peine de franchir le pas du déconfinement et que les Grands Ports maritimes ne vont pas tarder à tous présenter leurs nouveaux projets stratégiques, la "Team maritime", une association présidée par la députée LREM de Gironde Sophie Panonacle, présente 150 mesures au Premier ministre Édouard Philippe. Tout un ensemble d'arguments issus de plusieurs conférences auxquelles viennent d'assister les représentants des acteurs maritimes et portuaires nationaux, portant sur la "progression vers une économie maritime française compétitive et décarbonée".
Le nouveau "carnet de bord" des acteurs du shipping français met le cap sur "la compétitivité de toute la filière". Il insiste sur "le dialogue social et la formation visant à encourager la maritimisation, affirme les ambitions environnementales et l'accélération de la transition énergétique".

La difficile relève des équipages

Après avoir rappelé que "la filière maritime souffre", Frédéric Moncany de Saint-Aignan, le président du Cluster maritime français (CMF), estime qu'il existe "une voie pour concilier économie et écologie". Son plan de relance passe par deux axes : "renforcer les chaînes logistiques nationales et tenir le calendrier de la transition énergétique et écologique".
Pour Jean-Marc Lacave, délégué général d'Armateurs de France, le Covid-19 a représenté une perte de valeur du fret de 70 à 80 % pour les matières premières tandis que le fret conteneurisé a reculé de 25 à 30 % en volume.
Du côté du ferry, l'association des armateurs français a souligné le problème des réductions de rotations des navires et "parfois la limitation au transport de fret" à la fois sur le transmanche et la Corse. Autant de freins pour la Brittany Ferries ainsi que pour La Méridionale et pour Corsica Linea.
Armateurs de France a enfin saisi l'opportunité de cette tribune pour rappeler que le blocage des liaisons aériennes a nui aux relèves d'équipages.
Jean-Michel Garcia, délégué aux Transports internationaux de l'AUTF, a, de son côté, a pointé l'aggravation du manque d'équipements (conteneurs) pendant la crise.
Quant à Didier Léandri, président des Entreprises fluviales de France (EEF), il estime que la filière pourrait "mettre des années à retrouver son niveau d'avant-crise".

Entériner l'importance des professions portuaires

Dans la commission de transport internationale, en avril et mai une baisse du nombre de dossiers de 15 % à 30 % (import-export) selon les activités a été observée, a pour sa part indiqué Herbert de Saint-Simon, président de TLF Overseas.
"L'importance des professions portuaires doit être entérinée dans la prochaine stratégie nationale portuaire afin d'en renforcer le volet social", insiste-t-il.
La branche Overseas de TLF a profité de l'initiative regroupant les intérêts des professionnels maritimes et portuaires nationaux pour officialiser tout un programme de revendications. Elle réclame une "révision de la taxation du foncier dans les ports", prioriser les corridors ferroviaires et le transport massifié, la création de zones franches sur les ports et enfin la suppression de dates limites pour les délais de franchise sur les terminaux, en cas d'impossibilité d'accès à ceux-ci.
Le port de Bordeaux nourrit des revendications identiques en matière fiscale puisqu'il réclame la mise en œuvre d'une "base forfaitaire de taxe foncière défendue part les ports depuis trois ans". Un dispositif qui doit "permettre de ne pas alourdir la fiscalité des établissements portuaires".
Toujours au plan portuaire, Jean-Pierre Chalus, le délégué de l'UPF, se dit convaincu que "la situation est moins violente pour les ports que pour les aéroports", il affiche toutefois sa préoccupation pour la réparation navale et surtout pour le trafic ferry en Méditerranée et le transmanche. À cet égard, il redoute "une deuxième lame avec le Brexit qui va nécessiter une approche spécifique".
Le document de la "Team maritime" rappelle que les services de pilotage, remorquage et lamanage assurent une mission de service public, garantissant une sécurité de manœuvre et d'accostage. Or, Jean-Philippe Casanova, le président de la Fédération française du pilotage maritime (FFPM), explique que la crise a affecté plus gravement des ports dont l'activité est limitée à la croisière et aux ferries.

"Deux ans pour gagner dix points de compétitivité et économiser 1 Mt de CO2"

Des pertes qu'il évalue entre 25 et 80 % selon les segments. Ainsi, il chiffre ces chutes à 95 % pour Nice, 85 % pour Toulon, 75 % pour les ports corses et idem pour les bassins Est du port Marseille.
Nicolas Barnaud, le président d'AMCF (Agents maritimes et consignataires de France), demande de l'aide à l'État pour la profession des agents maritimes et consignataires de navires. Car, s'il table sur une reprise à terme du fret maritime, "la croisière va rester durablement perturbée".
Mais surtout l'AUTF demande que les chargeurs soient "parties prenantes dans les accords de place pour les ports du Havre et de Marseille dans lesquels les acteurs s'entendraient sur des mesures visant à favoriser la dynamique de reprise et la croissance du conteneur". Il évoque "un pacte social, une révision du mode de gouvernance, des conditions exceptionnelles de stationnement et un retour vers ces deux ports".

L'environnement, une priorité

Michel Segain, le président de l'UMPF (les Unions maritimes et portuaires de France), n'y va pas par quatre chemins. "Notre pays a besoin d'un véritable plan Marshall", lance-t-il. Et de demander "que chaque union maritime soit considérée à l'issue du prochain Cimer un nouvel acteur des instances de surveillance des GPM".
L'Union maritime et fluviale de Marseille-Fos (UMF) a profité de l'occasion pour demander à l'État une baisse des droits de port navires et un report des charges pour les entreprises. Elle se plaint en outre du faible niveau d'investissements programmé sur le port de Marseille-Fos (350 M EUR) dans le cadre du projet stratégique 2020-2024 et réclame la réalisation de la liaison Fos-Salon-de-Provence.
Au-delà des diverses revendications portées par les représentants de la filière, une partie du rapport se consacre aux énergies renouvelables. Comme l'assure Frédéric Moncany de Saint-Aignan, il faut savoir "concilier économie et écologie". Le document regroupe également les contributions de l'Association française du gaz, d'Engie, et de l'association Windship. Ainsi sont passés en revue les progrès réalisés en matière de réductions de gaz à effets de serre (GES), le marché des EMR, la propulsion vélique (Towt, Neoline) et les promesses de l'hydrogène. Pour Jean-Marc Lacave, l'environnement constitue aujourd'hui "une priorité". Selon lui, le GNL est un premier pas.
Pour l'avenir, le rapport table sur un délai de deux années pour "gagner dix points de compétitivité" et économiser un million de tonnes de CO2. Vaste programme…