Vers un doublement du volume chimique sur l'axe rhodanien

580.000 à 650.000 tonnes de produits chimiques pourraient être reportées sur la voie d’eau dans le bassin Rhône-Saône, selon une étude réalisée à l’initiative de France Chimie, qui ambitionne de doubler la part du transport fluvial.

C’est une étude qui devrait faire date. Lancée par France Chimie avec le soutien de partenaires comme CNR, VNF, le port de Marseille-Fos, de l’État et de l’Union européenne, elle porte sur le développement du transport fluvial de produits chimiques sur le bassin Saône-Rhône-Méditerranée. Ses conclusions ont été présentées lundi 20 mai à Lyon.
Les objectifs de cette étude étaient clairement définis. Il s’agissait de réaliser un "état des lieux exhaustif" de la filière chimie dans le bassin, d’identifier les leviers et les freins au développement fluvial, les flux pouvant faire l’objet d’un report modal, de quantifier le potentiel dudit report sur l’axe rhodanien. Dans une région qui est le principal pôle de production chimique en France, où les flux de produits chimiques transportés sont principalement structurés entre la région Paca et la région lyonnaise, centre de gravité de la filière régionale. Alors que le fluvial capte (seulement) 4 % des trafics de la filière à l’échelle nationale, 6 % dans le bassin Rhône-Saône, l’ambition de France Chimie est de "doubler à terme la part du transport fluvial".

4.400.000 tonnes par route

Cette étude a été réalisée entre avril et décembre 2018 par les cabinets CTS et M2impulsion auprès de 34 chargeurs, de 9 acteurs de la chaîne de transport et de 7 "institutionnels". Elle a permis tout d’abord de mieux chiffrer les flux actuels. Sans surprise, le transport routier est le mode le plus utilisé : il capte 52 % des 8.600.000 tonnes transportées dans le bassin. Les camions transportent principalement du vrac liquide ou solide, respectivement à hauteur de 50 et 19 %.

"L’idée est d’étendre cette réflexion à d’autres filières comme les céréales et le BTP"

Les entretiens conduits ont permis de recenser une grande partie des flux logistiques de la filière chimie et d’appréhender le potentiel de report modal selon une extrapolation des flux étudiés. Le potentiel fluvial est de 410.000 tonnes dont 285.000 tonnes pour les flux maritimes (conteneurs et isotank). Le potentiel de report modal est compris entre 580.000 et 650.000 tonnes. Ces conclusions se doublent d’études de cas remises aux industriels interrogés pour leur permettre d’évaluer leur appétence au mode fluvial, un diagnostic succinct susceptible de déboucher sur un schéma de transport alternatif incluant le maillon fluvial.

La chimie, précurseur

Au terme de cette étude, ont été mis en exergue des recommandations et un plan d’action pour favoriser l’augmentation des trafics fluviaux de produits chimiques dans le bassin. Au premier rang desquels figurent la promotion dès cette année du fluvial et de Medlink Safe auprès des industriels et l’accompagnement des chargeurs dans des tests de transport fluvial entre 2020 et 2025. Le développement de l’offre passera par la mise en place d’une offre fluviale spécialisée de matières dangereuses et d’une plateforme logistique spécialisée intégrant des capacités de stockage, des services logistiques et ferroviaires, une escale fluviale. Autre sujet évoqué : le renforcement de l’offre fluviale de conteneurs maritimes et la fiabilisation de l’interface maritime.
"La chimie fait office de précurseur", note Marjorie Jouen, adjointe au délégué interministériel au développement de l’axe portuaire et logistique Méditerranée-Rhône-Saône. L’idée est d’étendre cette réflexion à d’autres filières comme les céréales et le BTP pour renforcer davantage encore le transport fluvial dans la perspective de l’élaboration du schéma d’intermodalité de l’axe qui doit être présenté à la fin de l’année.